13 Jan 2009

La victime revient sur ses accusations mais son père reste condamné

Le Parisien


FAITS DIVERS, mardi 13 janvier 2009, p. 16

Commission de révision
La victime revient sur ses accusations mais son père reste condamné

Valérie Brioux

 

SON LIVRE confession, publié en 2006, s’intitulait « J’ai menti ». Les magistrats de la commission de révision des condamnations pénales n’en sont pas convaincus, eux qui ont rejeté hier la requête de son père, condamné à douze ans de réclusion criminelle pour l’avoir violée. Un matin de 1999, Virginie Madeira, une collégienne de 14 ans, avait accusé son père Antonio, un artisan maçon de 47 ans, d’avoir abusé d’elle depuis l’âge de 6 ans. Courant 2002, elle était revenue sur ses dires avant d’expliquer longuement dans un ouvrage les raisons de son mensonge.

 

Pour les juges, elle veut renouer avec ses proches

 

Des rétractions jugées insuffisantes pour disculper Antonio Madeira, qui avait partiellement avoué en garde à vue, et ordonner la révision de son procès. « Je suis vraiment stupéfait, réagit l’un de ses défenseurs, M e Jean-Marc Florand. Deux éléments nouveaux objectifs et inconnus de la cour d’assises qui a condamné mon client en 2001 permettent vraiment de douter de sa culpabilité. » L’avocat fait valoir une expertise gynécologique qui atteste de la virginité de Virginie et juge son état incompatible avec des agressions subies pendant l’enfance. Il insiste aussi sur les rétractations constantes et argumentées de Virginie. Elles ne sont pas « forcément crédibles », avait jugé le parquet général en requérant le rejet de la requête en révision le 24 novembre. Dans leur arrêt, les magistrats estiment que les explications de la jeune fille sont « contredites » par des éléments qui « montrent à quel point elle a, dès l’origine, pris conscience que ses accusations pouvaient conduire à l’incarcération de son père, seule ressource de la famille, et combien elle a souffert d’être séparée des siens ». Ses rétractations n’auraient été guidées que par son envie de renouer avec ses proches. Pour les juges, elles ne constituent pas un « élément de nature à faire naître un doute sur la culpabilité » d’Antonio Madeira, qui bénéficie d’une libération conditionnelle. « La commission a décidé de faire barrage à la révision de cette affaire de manière incompréhensible, tonne M e Florand. Un condamné qui nie, une victime unique qui dit avoir menti, une expertise médicale objective… Que faut-il de plus pour saisir la Cour de révision ? Est-ce à dire qu’il est impossible d’envisager la révision d’une condamnation dans une affaire de moeurs ? » L’avocat, qui regrette la « frilosité de la justice à se remettre en cause », appelle à « un assouplissement de la loi sur la révision ».