17 Oct 2013

Tuerie de Nanterre : la famille d’une victime réclame justice

Le Parisien


Hauts-de-Seine, jeudi 17 octobre 2013, p. 92_E_1

Tuerie de Nanterre : la famille d’une victime réclame justice

Valérie Mahaut

 

La mère, les soeurs et la fille de Louisa Benakli, tuée par Richard Durn le 27 mars 2002 à Nanterre, attaquent l’Etat pour faute lourde.

 

Plus de onze ans après la tuerie de Nanterre, la famille de Louisa Benakli réclame justice. Les proches de cette femme tombée sous les balles de Richard Durn, comme sept autres membres du conseil municipal, le 27 mars 2002, veulent voir condamner l’Etat pour faute lourde. Aux yeux de la mère, des soeurs et de la fille de Louisa Benakli, la police n’a pas empêché le suicide de Durn, qui s’est jeté dans le vide depuis un vasistas du 36, quai des Orfèvres au lendemain du massacre.

 

Pour cette raison, les Benakli ont assigné l’Etat devant la première chambre civile du tribunal de grande instance de Paris, qui examinait l’affaire hier. La démarche ne devrait pas aboutir car « le délai de prescription est largement dépassé », a soutenu le parquet. Ce délai est fixé à quatre ans en ce qui concerne les services publics. Mais les proches de Louisa Benakli « tenaient à se faire entendre en audience publique », justifie leur avocate, LéaDordilly. Le jugement sera rendu le 20 novembre.

 

 

Un « deuil impossible » du fait de l’absence de procès

 

 

Devant les juges, Me Dordilly a expliqué « le deuil impossible » de ses clientes, « privées de procès » par la mort du tueur. Elles ont engagé cette procédure pour faute lourde le 27 mars 2012, dix ans jour pour jour après la disparition des huit élus, alors même que la ville de Nanterre organisait une cérémonie commémorative. Selon l’argument de Me Dordilly, « le projet suicidaire de Richard Durn était connu ».

 

« Dès son interpellation, les enquêteurs ont noté son état de démence. Dans son journal intime, retrouvé en perquisition, il ressassait ses tendances suicidaires. Il appartenait à l’Etat de prendre les mesures pour protéger sa vie mais dans le bureau des policiers, la surveillance n’était pas adaptée. Il n’était pas menotté. » Dans la matinée du 28 mars 2002, deux enquêteurs commençaient à interroger le tueur lorsque, subitement, celui-ci a bondi vers le vasistas entrouvert. Les policiers l’ont rattrapé en lui tenant les jambes, il glissait. L’un d’eux a pu agripper une chaussure mais celle-ci lui est restée dans la main. Durn a plongé du quatrième étage. L’Inspection générale des services (IGS) a été chargée d’une enquête, classée quelques semaines plus tard. La famille Benakli ne l’accepte pas. « La mort de Richard Durn les a privés d’un procès », plaide encore Léa Dordilly.

 

Le procès devant la cour d’assises, Sekoura Benakli connaît. Avec l’une de ses filles, la vieille dame a tué l’amant de Louisa. Il menait une double, voire une triple vie. Quand Sekoura l’a découvert, neuf mois après le décès de sa fille, elle a exigé une explication. La discussion a tourné court. Une soeur de Louisa a saisi une poêle à frire pour frapper l’infidèle. Trois fois, Sekoura lui a planté un couteau dans le torse. Le corps de cet homme, le député algérien Kamel Benbara, fut retrouvé trois semaines plus tard dans le coffre d’une voiture stationnée dans le XVIe arrondissement de Paris. En appel, la cour d’assises des Yvelines avait condamné la vieille dame à cinq ans de prison, dont trois avec sursis en 2005. Elle a passé onze mois en cellule. Sa fille avait écopé de neuf ans de prison.

 

Toutes deux sont libres et ont payé pour la mort de Kamel Benbara. Elles refusent d’accepter que personne n’ait jamais à s’expliquer sur ce suicide qui a clos le dossier de la tuerie de Nanterre.

 

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(AFP.)

 

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