09 Nov 2007

Procès de l’ancien patron du « Baron », haut lieu de la nuit parisienne

PARIS, 9 nov 2007 (AFP) –

L’ancien gérant du Baron, cabaret de luxe situé près des Champs-Elysées qui avait été fermé à l’automne 2003 pour proxénétisme, a comparu vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris.

Le parquet a requis « 4 à 5 ans » de prison, dont au moins 18 mois ferme, ainsi qu’une amende « d’au moins 400.000 euros ».

A l’époque, Larbi Methamem était mieux connu dans le monde de la nuit sous le pseudonyme de « Monsieur Jacques ». Il était à la tête de plusieurs autres clubs huppés de la capitale tels le Hammam Club, le Cinq, la 4e dimension ou le QG.

Le Baron, célèbre adresse de l’avenue Marceau (VIIIe), était alors réputé, et cela depuis 18 ans, pour abriter le plus beau bar à hôtesses de la capitale. Lui et ses « filles » était à ce titre référencé dans les guides et fréquenté par le milieu du show-business, de la télévision, du sport, de la politique et des affaires.

Après l’ouverture d’une information judiciaire en mars 2003, suivie de planques, les policiers de la Brigade de répression du proxénétisme avaient en septembre 2003 fait une descente dans le club privé et interpellé son patron.

Selon l’accusation, les investigations ont démontré « que l’établissement tolérait régulièrement la présence des prostituées, à raison d’une cinquantaine par soirée, à la recherche de clients qu’elles devaient d’abord inciter à consommer une ou deux bouteilles de champagne (au prix de 200 à 300 euros l’unité), afin d’être ensuite autorisées à quitter les lieux en leur compagnie pour leur vendre leurs charmes dans différents hôtels de la capitale », pour des tarifs allant de 200 à 500 euros la passe.

Selon les auditions des prostituées, si l’une d’elles ne parvenait pas à séduire un client, sa seule rémunération de la soirée était un pourcentage perçu sur les consommations – 3 euros par verre et 15 euros par bouteille – le total ne pouvant excéder 60 euros.

Lors de l’audience devant la 16e chambre correctionnelle, M. Methamem a répété que si les hôtesses se prostituaient à l’extérieur du Baron, c’était à son insu. Tout le monde le savait, alors « vous êtes aveugle, idiot ou malentendant? », l’a interrogé, exaspéré, le président Didier Ducoudray.

Partie civile au procès, l’association Les Equipes d’Action contre le proxénétisme a reconnu que depuis la fermeture des maisons closes en 1946, on était « en présence d’un système particulièrement hypocrite » en France : si on a fermé le Baron, on pourrait au même titre fermer « la plupart des bars homosexuels du Marais » et « des sex-shops de la rue Saint-Denis », a admis Me Jean-Marc Florand.

« Il n’empêche », a-t-il plaidé, « que le proxénétisme hôtelier est une infraction, un fléau qui repose sur l’exploitation financière de personnes plus faibles ».

Le procureur, Jean-Pierre Brun, a reconnu que les faits reprochés n’étaient « pas aussi terribles que peuvent l’être certraines activités de proxénétisme », mais ils ont généré « des profits particulièrement élevés » et ne doivent « pas être banalisés ».

Il a réclamé 2 ans avec sursis et une amende de 50.000 euros à l’encontre de l’épouse de M. Methamem, 2 ans avec sursis et 20.000 euros d’amende contre de « la gérante de paille » du Baron et 3 ans avec sursis et 30.000 euros d’amende contre le bras droit de M. Methamem, Mohamed Trabelsi.

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Agence France-Presse