07 Oct 2008

Procès Ferrara : Karim Achoui adopte un profil bas

Le Figaro, no. 19964


Le Figaro, mardi 7 octobre 2008, p. 8

FranceSociété

Procès Ferrara : Karim Achoui adopte un profil bas
ASSISES Accusé de complicité de tentative d’assassinat, l’avocat est revenu sur son parcours. Des accusés qui se plaignaient de la mauvaise qualité des repas ont quitté l’audience.

Stéphane DURAND SOUFFLAND

 

KARIM Achoui a mis toute son arrogance dans ses chaussures. Une paire de souliers splendides, effilés, interminables, en cuir souple et fauve, dans lesquels l’avocat pourrait se mirer à loisir s’il était aussi épris de sa personne que son livre (1) pourrait le laisser supposer. Or, accusé de complicité de tentative d’assassinat dans le cadre de l’évasion d’Antonio Ferrara, crime passible de la réclusion à perpétuité, il adopte devant la cour d’assises de Paris un profil bas, voire surbaissé.

 

M. Achoui s’exprime sur un ton tellement détaché que ses mots semblent flotter loin de sa personne. Un quolibet à connotation raciste (« l’Arabe ») entendu à l’école maternelle, « pas grave » mais dont le souvenir le poursuit, un premier cabinet de 250 m

 

loué 30 000 francs (4 570 eur ) par mois ouvert en 1994 avec son associé, M

 

Jean-Marc Florand, la rédaction d’un mémoire permettant à Patrick Dils d’être rejugé, la rupture d’avec M

 

Florand pour des problèmes d’« ego respectifs qui ne se supportaient plus », une tentative de meurtre dont il réchappe miraculeusement en juin 2007 et derrière laquelle il entrevoit un complot fomenté par des policiers, tout ceci est narré sur un mode neutre. Comme si ses conseils, craignant des bouffées de suffisance lui avaient glissé : « Surtout, Karim, n’en faites pas trop ».

 

Né en 1967, quatrième d’une fratrie de cinq, M. Achoui, d’origine algérienne, a connu une existence qui l’a mené à gagner 30 000 eur mensuels, en défendant notamment des figures du milieu. Il avait initialement songé à devenir médecin mais, à défaut d’un stéthoscope, gagne une compagne et se réoriente vers le droit. Ce qui étonne, c’est le caractère étonnamment rempli de son emploi du temps : petits boulots dès l’âge de 14 ans en plus du collège pour « assurer (son) indépendance » financière dans une famille où il ne manquait pourtant de rien, récolte de la taxe d’apprentissage en faveur de sa faculté lorsqu’il était étudiant, interventions bénévoles dans les Balkans au début de son activité professionnelle alors qu’il a un cabinet à lancer, pratique assidue du sport, lecture, opéra, cuisine… les journées de Karim Achoui sont aussi longues que ses escarpins. Divorcé, il est également le père d’un petit garçon et met « un point d’honneur » à s’échapper de son cabinet pour s’en occuper, quand il en a la garde.

 

« Démarqué de mes clients »

 

Interrogé par la présidente Janine Drai pour savoir s’il est franc-maçon, il a révélé avoir été l’avocat d’une « loge importante » -, il répond : « Non. Je me suis toujours démarqué de mes clients. » Cette saillie n’amuse pas le box, dans lequel sont assis trois des anciens clients de M

 

Achoui, dont Antonio Ferrara : protestant à nouveau contre l’absence de repas chauds (nos éditions du week-end), les douze détenus, qui ont sauté le déjeuner, quittent l’audience à cet instant.

 

Ils avaient tout à l’heure repoussé le bloc et le stylo qu’ils réclamaient depuis jeudi à cor et à cris, au motif qu’ils avaient faim. M. Achoui reprend sa déposition. Calme. Concentré. Démarqué.

 

(1) « L’Avocat à abattre », éditions Le Cherche-Midi.

 

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