29 Oct 2012

« Pour ne pas en rester là », son avocat, Me Jean-Marc Florand, entend bien assigner les gendarmes en justice.

«Je ne voulais pas que ma fille se résume à un simple fait divers. » Ces mots sont ceux de Martine, la maman d’Audrey Vella, assassinée en 2007 par son ex-petit ami dans la boutique où elle travaillait, au centre commercial de Claye-Souilly. Cette mère de famille de l’Oise, brisée, a accepté que deux journalistes publient, en septembre dernier, un ouvrage consacré à sa fille, « Qui a tué Audrey? ». Elle s’est confiée à Hervé Algalarrondo, rédacteur en chef adjoint au « Nouvel Observateur », et Hélène Mathieu, ancienne rédactrice en chef de « Psychologie Magazine », pour « qu’au moins, on retienne son prénom ».
Ce 23 mars 2007, Audrey Vella est poignardée par Hervé Vincent-Sully à neuf reprises, avec un couteau de boucher acheté deux heures plus tôt. L’ancien compagnon de la jeune femme ne supportait pas qu’elle refasse sa vie et continuait de la harceler jour et nuit.
L’homme consultait aussi sa messagerie téléphonique. C’est ainsi qu’il aurait appris qu’Audrey, déjà maman d’une fillette de 11 ans au moment des faits, était en train de débuter une nouvelle histoire sentimentale. La veille de sa mort, l’homme l’avait menacée et insultée dans une centaine de textos. En 2009, la cour d’assises de Seine-et-Marne l’a condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour assassinat.
Et désormais, la famille vit « avec son chagrin » et un vide immense : « Parce qu’au début, les gens sont touchés, ils vous apportent leur soutien. Mais cela dure un mois, poursuit la maman, encore meurtrie. Après, ils oublient. Les faits divers, ils vous marquent quand ils passent à la radio, mais les prénoms des victimes, non. On les oublie toujours. »

Sa sœur souhaite que l’ouvrage serve à « aider d’autres femmes »
Virginie, petite sœur d’Audrey, souhaite aussi que l’ouvrage serve à « aider d’autres femmes à avoir le courage de porter plainte ». Aujourd’hui âgée de 26 ans, elle a toujours soutenu sa sœur, l’a réconfortée, hébergée et accompagnée à la gendarmerie lorsque Hervé Vincent-Sully la menaçait au quotidien. Car Audrey était une femme battue, pendant la durée de sa relation avec son ex-petit ami. Puis harcelée, en continu, depuis la rupture de leur histoire, et jusqu’à sa mort, il y a cinq ans.
« Nous sommes déçus. On aurait aimé que les forces de l’ordre aient réellement pris la mesure des menaces qui pesaient sur Audrey. Elle les avait pourtant averties du danger que représentait cet homme, de l’enfer qu’il lui faisait vivre. » Alors, « pour ne pas en rester là », son avocat, Me Jean-Marc Florand, entend bien assigner les gendarmes en justice. En attendant, seuls restent les souvenirs. Comme la photo sur la couverture du livre, prise par Virginie le soir de l’anniversaire d’Audrey. Elle fêtait ses 30 ans… en 2007.
Le Parisien