09 Mar 2011

« On est dans l’improvisation », a déploré Me Jean-Marc Florand

AFP Doc


Mercredi 9 mars 2011 – 17:13:05 GMT

17 morts dans l’incendie d’un immeuble vétuste: frustration au début du procès

Par Annie THOMAS

PARIS (AFP) – Les familles de proches et de victimes ont manifesté leur déception et crié à la désinvolture, mercredi, au premier jour du procès de l’incendie d’un immeuble vétuste de Paris, qui avait fait 17 morts dont 14 enfants une nuit d’août 2005.

« Elles pensaient qu’elles auraient la parole dès aujourd’hui », a déclaré leur porte-parole Kanouté Tapa, alors que le procès venait d’être suspendu jusqu’à jeudi, après seulement deux heures d’audience.

La petite salle était archi-comble mercredi matin.

Des hommes s’étaient levés à l’arrivée de « mamans », certaines en boubous, quelques unes portant des bébés dans leurs bras.

Aux côtés de jeunes vêtus de tee-shirts noirs portant l’inscription « brigade anti-négrophobie », ils sont restés debout derrière, silencieux, tendant l’oreille pour entendre la présidente faire le récit des faits. Le micro était en panne.

« On est dans l’improvisation », a déploré Me Jean-Marc Florand, avocat de plusieurs des 46 parties civiles, qui venait d’apprendre que le procès prévu sur deux demi-journées – ce qu’il trouvait anormalement court – serait finalement prolongé à vendredi.

L’avocat a dénoncé un traitement « extrêmement désinvolte » de cette affaire, appréhendée par la justice, selon lui, comme une simple histoire de vices cachés. « Des enfants sont morts, ce ne sont pas des sacs de farine! », a-t-il lancé.

Trois femmes et 14 enfants de familles originaires d’Afrique de l’ouest avaient péri dans l’incendie de cet immeuble du 20, boulevard Vincent Auriol, à Paris (XIIIe), dans la nuit du 25 au 26 août 2005.

« Le moins que l’on puisse faire, c’est de rappeler leurs noms », a déclaré en début d’audience la présidente, Jacqueline Rebeyrotte, avant d’égrener les identités et dates de naissance des victimes, nées en 2000, 2003, 2001, 1997, 1995…

Des expertises avaient conclu à une origine volontaire de l’incendie. Le feu avait vraisemblablement été mis à l’aide d’un briquet ou d’une allumette au tissu des poussettes rangées sous l’escalier.

Mais malgré l’audition « de dizaines et de dizaines » de témoins, « l’auteur de l’incendie criminel n’a pas été identifié », a rappelé la présidente, à la grande frustration des parties civiles.

Les investigations avaient en revanche mis en lumière un certain nombre de « non-conformités »: pas d’extincteurs, pas de plan d’évacuation de secours, un seul accès à l’immeuble et, « principalement », un « revêtement mural en contreplaqué » dans la cage d’escalier.

Le contreplaqué avait été posé cinq ans plus tôt pour pallier le problème de saturnisme provoqué par la présence de plomb dans les revêtements muraux.

Le feu s’était propagé très rapidement dans l’escalier et engouffré dans deux appartements, dont les portes étaient ouvertes et les fenêtres étaient ouvertes.

« La vétusté et une grande concentration de population expliquent le lourd bilan », a noté l’enquête.

Sans auteur présumé de l’incendie criminel, seules deux personnes morales sont jugées: Freha (France Euro Habitat), l’association qui gérait l’immeuble, poursuivie pour homicides et blessures involontaires, et la société Paris Banlieue Construction, qui y avait effectué des travaux.

Plusieurs incendies meurtriers avaient touché la capitale en 2005, faisant au total 52 morts, pour la plupart des personnes d’origine africaine.

Illustration(s) :

Christophe Simon
Les familles de proches et de victimes ont manifesté leur déception et crié à la désinvolture, mercredi, au premier jour du procès de l’incendie d’un immeuble vétuste de Paris, qui avait fait 17 morts dont 14 enfants une nuit d’août 2005.

Jean Ayissi
Des expertises avaient conclu à une origine volontaire de l’incendie. Le feu avait vraisemblablement été mis à l’aide d’un briquet ou d’une allumette au tissu des poussettes rangées sous l’escalier.

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