16 Fév 2009

« On est confronté à un cas d’addiction terrible au jeu », constate Me Jean-Marc Florand

Le Parisien


Faits divers, lundi 16 février 2009

Assises
Il braquait pour jouer au casino

Geoffroy Tomasovitch

 

Jacques THOURET n’a pas mis longtemps à dilapider son butin. Après avoir attaqué une agence du Crédit lyonnais au Havre (Seine-Maritime) le 15 mai 2007, ce repris de justice s’est précipité au casino de la ville avec les 14 000 € raflés à la banque. C’était plus fort que lui. Jacques Thouret est un drogué du jeu. Incarcéré depuis juillet 2007, cet homme de 69 ans comparaît à partir d’aujourd’hui devant la cour d’assises de Seine-Maritime pour répondre de ce hold-up, commis en récidive. Le 21 mars 2003, il avait été condamné à huit ans de prison pour cinq vols à main armée au préjudice de banques, en 2000 et 2001 dans la Manche. A l’époque déjà, ce joueur compulsif s’était mué en braqueur pour assouvir sa passion des machines à sous.

 

« On est confronté à un cas d’addiction terrible au jeu », constate Me Jean-Marc Florand, conseil de l’accusé. Mais pour l’avocat de cet ancien commerçant qui a connu des revers de fortune, la situation est plus complexe : « M. Thouret pense qu’il peut se refaire socialement grâce aux casinos tout en passant par la case hold-up, un cercle vicieux infernal. Parallèlement, il y a chez lui une volonté de se détruire. »

 

Une lente dérive

 

Libéré en juin 2006, Jacques Thouret, qui a par le passé tenu un salon de coiffure puis une discothèque, débarque début 2007 au Havre. Ce père d’une grande fille unique ne connaît personne. Il se lie d’amitié avec un homme qui lui trouve un logement. Dans ce contexte de solitude, Jacques Thouret renoue vite avec ses vieux démons en jouant très régulièrement d’importantes sommes d’argent au casino. Ses économies fondent très vite. Acculé financièrement, le joueur décide de braquer une banque. Il n’effectue aucun repérage particulier, choisissant juste un horaire où la circulation dense rendra moins rapide la progression des voitures de police. Le 15 mai à 17 h 20, il rentre au Crédit lyonnais, porteur d’une perruque noire. Il relève la capuche de son manteau, sort une arme et réclame l’argent. Puis il regagne à pied le casino, les 14 000 € cachés dans un sac à bandoulière. Le braqueur sera interpellé le 24 juillet 2007 dans un bar du Havre.

 

Son entourage ne dit que du bien de l’accusé, un homme « intelligent », « bien élevé » et qui « a travaillé toute sa vie ». Comment Jacques Thouret a-t-il pu en arriver à braquer des banques pour aller jouer aux machines à sous ? La réponse se trouve peut-être dans l’histoire d’une lente dérive. Avant les hold-up, l’accusé a été condamné pour « violence avec arme », « recel » et « escroquerie aux chèques volés ». Aujourd’hui, les experts psychiatres se disent assez pessimistes sur cet homme dépressif qui ne voit aucune issue à ce qu’il vit. Le verdict est attendu demain soir.

 

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