09 Mar 2011

« Nous n’attendons pas grand-chose de ce procès car les assassins n’ont pas été identifiés. De plus, il manquera sur le banc des prévenus un responsable de l’Etat, de la Ville de Paris et de la préfecture de police », estime Me Jean-Marc Florand

Aujourd’hui en France


/Rubriques/Faits divers, mercredi 9 mars 2011

L’incendie qui avait fait 17 morts au tribunal

Angélique Mangon

 

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas celui des mystérieux auteurs de l’incendie meurtrier qui dans la nuit du 25 au 26 août 2005 a coûté la vie à 17 personnes, boulevard Vincent-Auriol à Paris dans le XIIIe arrondissement, mais celui de l’association qui gérait l’immeuble propriété de l’Etat. France Euro Habitat (Freha), qui dépend d’Emmaüs, comparaît pour « homicides et blessures involontaires » aux côtés de la société Paris Banlieue Construction, qui avait effectué des travaux dans l’immeuble.

 

La première devra s’expliquer sur les défauts d’entretien du bâtiment. En cause : plusieurs aménagements non conformes auraient constitué des « facteurs aggravants » la propagation des flammes, notamment la pose, cinq ans avant l’incendie, de plaques de contreplaqué. Celles-ci, installées par Paris Banlieue Construction, étaient destinées à pallier le problème de saturnisme posé par la présence de plomb dans les peintures.

 

Pour Me Yves Baudelot, avocat de la Freha, l’association n’est pas seule responsable du drame : « Elle n’est pas un technicien du bâtiment et n’a pas de compétences pour savoir ce qui est aux normes ou pas », explique-t-il, avant de préciser que la Freha n’était pas propriétaire de l’immeuble. Le feu était parti de poussettes stationnées au rez-de-chaussée avant de se propager dans la cage d’escalier puis à des appartements.

 

Un immeuble insalubre

 

L’enquête a certifié l’origine criminelle du drame, mais aucun auteur n’a été identifié. « Nous n’attendons pas grand-chose de ce procès car les assassins n’ont pas été identifiés. De plus, il manquera sur le banc des prévenus un responsable de l’Etat, de la Ville de Paris et de la préfecture de police », estime Me Jean-Marc Florand, l’un des avocats des parties civiles, qui pointe du doigt le manque d’investigations sur la responsabilité de l’Etat. « Nous souhaitions un procès aux assises qui signifierait que l’on a retrouvé le coupable. Tant qu’on ne le connaîtra pas, on ne pourra pas faire notre deuil », confie Fatouma Diarra, une jeune maman qui a perdu neuf membres de sa famille dans l’incendie. « On veut que les juges prennent une décision ferme face à la Freha », ajoute Tapa Kamoute, le porte-parole des familles.

 

Vingt-sept familles, toutes d’origine africaine, avaient été relogées dans cet immeuble insalubre après leur évacuation du campement du quai de la Gare dans les années 1990, une installation qui devait être temporaire. « Nous étions là pour trois ans et nous sommes restés quinze ans », regrette Fatouma Diarra. Toutes les familles qui résidaient là possédaient des papiers et travaillaient. « Les habitants avaient conscience du danger qu’ils couraient et l’avaient déjà dénoncé, mais rien n’a évolué. l’Etat n’a pas tenu ses promesses », déplore Tapa Kamoute, le porte-parole des familles.

 

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(bspp.)

 

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