23 Jan 2008

Logements insalubres – Incendie à Paris : les familles veulent que l’enquête continue

Le Parisien


FAITS DIVERS, mercredi 23 janvier 2008, p. 15

Logements insalubres
Incendie à Paris : les familles veulent que l’enquête continue

Valérie Brioux

 

C’EST BIEN une main criminelle qui, dans la nuit du 25 au 26 août 2005, a causé la mort de dix-sept personnes, dont quatorze enfants, piégées par les flammes. La justice, toutefois, n’a jamais pu y associer un nom, ni même un visage, au grand dam des proches des victimes de cet incendie qui a ravagé un immeuble insalubre du boulevard Vincent-Auriol, dans le XIII e arrondissement de Paris. Pour la première fois, cet après-midi, les parties civiles seront reçues par le juge d’instruction qui pourrait leur signifier la fin de son enquête. « Nous avons l’intention de continuer à nous battre pour que toutes les responsabilités soient recherchées, assure un représentant des familles décimées. Nous voulons que la justice continue à traquer le ou les coupables. » La tragédie du boulevard Vincent-Auriol, qui avait suivi celle de l’hôtel Paris-Opéra et précédé celle de la rue du Roi-Doré (quarante-huit morts à Paris en moins de cinq mois), avait suscité un vif émoi et ravivé la polémique sur le sort des mal-logés. « Les habitants de cet immeuble disposaient de titres de séjour, d’un travail pour la plupart et d’un titre d’occupation en règle, rappelle M e Philippe Meilhac, qui défend avec son confrère Jean-Marc Florand les intérêts de vingt-deux parties civiles. Le bâtiment, géré par France Euro Habitat, qui dépend d’Emmaüs, n’était pas un squat. Ses occupants payaient un loyer conséquent alors qu’ils vivaient depuis des années dans un taudis et qu’ils avaient plusieurs fois signalé les risques d’incendie. Le feu a d’ailleurs prospéré d’autant plus facilement que le terrain était favorable. »

 

« Ces meurtres auraient pu être évités »

 

La dernière expertise judiciaire en date, qui conclut que « la seule hypothèse vraisemblable est celle d’une mise à feu volontaire », a ainsi relevé « des phénomènes aggravants ». « Nos parents avaient tiré la sonnette d’alarme. Mais rien n’a été fait », se désole un proche des disparus. Il ressent la même colère qu’au premier jour « car ces meurtres auraient pu être évités ». « Je ne crois pas à la loi des séries, poursuit-il. Autant d’incendies et de morts en quelques mois, cela fait beaucoup. J’ai l’impression qu’on a voulu que ça arrive. » Les récentes indemnisations accordées par la commission d’indemnisation des victimes d’infractions (plus de 100 000 € pour certaines) et la reconnaissance, de ce fait, de leur statut de victimes n’entament pas la détermination des parents. « Cet argent ne remplacera jamais les nôtres, insiste leur porte-parole. Si je pouvais le reverser pour savoir celui qui a fait cela, je le ferais. Cette somme risque d’ailleurs d’être engloutie dans la suite de la procédure. » Le jeune homme n’en démord pas : il veut que ce drame débouche sur un procès et qu’« on arrête tout ce blabla » autour des mal-logés. Car deux ans et demi après le drame du boulevard Vincent-Auriol, « finalement, rien n’a vraiment changé », assure-t-il.

 

Illustration(s) :

 

MAXPPP/BSPPP BIRP/PIERRE RACINE.

 

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