17 Sep 2013

La « Ligue de défense judiciaire des musulmans » est lancée

Lundi 16 septembre au soir, environ 700 personnes, la plupart informées par Facebook, ont assisté à Paris au lancement de la « Ligue de défense judiciaire des musulmans » (LDJM), une association créée à l’été 2013 qui s’est donné pour objectif de porter devant les tribunaux – au civil comme au pénal – des affaires de discrimination envers les musulmans.

L’organisme a été créé par Karim Achoui, ex-avocat surnommé l’« avocat des voyous » pour ses liens supposés avec le milieu, radié du barreau en 2011, et par son ami financier Farid Belkacemi. Les deux hommes entendent « défendre judiciairement les individus victimes de discriminations fondées sur leur appartenance supposée ou réelle à la religion de l’islam et leur convictions religieuses ». Ils revendiquent plus de cent avocats membres de la LDJM et 2.000 dossiers reçus. Parmi ses membres, la LDJM compte Jean-Marc Florand, qui fut l’avocat de Patrick Dills – célèbre victime d’erreur judiciaire, le bâtonnier Édouard Martial, le jeune avocat Raphaël Chiche, tous présents à la conférence de presse, mais aussi Roland Dumas – ministre des affaires étrangères sous Mitterrand.

Première cible, Charlie Hebdo

Interrogé par Fait-religieux.com sur le choix du nom « Ligue de défense judiciaire des musulmans» , Karim Achoui explique avoir voulu « donner un caractère offensif » à l’organisme. Première action d’envergure dans les prochains jours : une plainte contre Charlie Hebdo pour « incitation à la haine raciale ». En cause, un dessin de Une paru le 10 juillet sur la répression contre les Frères musulmans en Egypte et titré ‘Le Coran, c’est de la merde : ça n’arrête pas les balles ». L’association – dont le récépissé des statuts est parvenu à Karim Achoui le 16 septembre mais qui peut se prévaloir de cinq ans d’ancienneté par l’absorption d’une autre association et peut donc ester en justice – souhaite un « encadrement des caricatures » et entend « défendre les musulmans, victimes des journaux en manque d’argent ». Cible suivante sérieusement envisagée : le ministre de l’intérieur en charge des cultes, Manuel Valls, dont des propos ont été jugés discriminatoires par la LDJM.

D’autres dossiers sont en cours d’instruction, notamment concernant les violences à Trappes en juillet 2013 à la suite du contrôle d’identité d’une femme intégralement voilée ; une affaire de violences conjugales avec circonstances aggravantes dans laquelle le juge d’instruction a convoqué deux imams pour leur demander une interprétation coranique des faits ; la mort d’un homme musulman noyé dans un canal, une agression raciste selon la LDJM. La loi de 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public a été pointée du doigt par une grande majorité d’intervenants, notamment Karim Achoui qui y voit « une hypocrisie » : « on l’applique seulement aux femmes musulmanes », a-t-il déclaré.

Français et républicains

Le vice-président de l’association, Farid Belkacemi, a lourdement insisté sur le caractère républicain de l’association. « Nous sommes républicains, fiers d’être français ! », a-t-il martelé à de nombreuses reprises, insistant sur la volonté de « rétablir le social par la justice » et l’importance du pacte social français : « Je m’entends avec tout le monde ! La preuve, mon meilleur ami du Crif, Meyer Habib, est là ». La présence du vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France, par ailleurs député de la 8e circonscription des Français de l’étranger, n’a pas été du goût d’une partie des participants, qui l’ont hué.

Face à ces protestations, Karim Achoui a appelé l’assistance à « savoir raison garder » et insisté sur « la volonté de concorde », soulignant que la LDJM n’avait pas pour objectif « d’opposer des Français aux Français ». Pour lui , la LDJM est « un mouvement communautariste respectueux de la loi et des opinions de tout un chacun ». La soirée de lancement de la LDJM, organisée à la veille de l’ouverture du procès de six hommes soupçonnés d’avoir voulu l’assassiner en 2007, n’a presque rien à voir avec cet agenda personnel, selon Karim Achoui : « C’était moins cher ce soir de louer ce local » (la terrasse de l’Institut français de la mode), a-t-il d’abord assuré, avant de concéder : « A partir de demain, je ne pourrai plus m’exprimer publiquement », procès oblige.