28 Mar 2008

Les victimes de Vincent Auriol pointent du doigt le bailleur

Le Parisien


PARIS, vendredi 28 mars 2008, p. 2

Justice
Les victimes de Vincent Auriol pointent du doigt le bailleur

Cécile Beaulieu

 

LA PISTE criminelle reste toujours privilégiée deux ans et demi après l’incendie meurtrier du boulevard Vincent-Auriol, mais désormais la responsabilité du bailleur est clairement évoquée par les parties civiles et leurs avocats. Ces derniers, M e s Jean-Marc Florand et Philippe Meilhac, qui défendent les intérêts de vingt-deux d’entre elles, viennent d’écrire au juge d’instruction chargé du dossier pour lui demander d’entendre le responsable de France Euro Habitat, dépendant d’Emmaüs, qui gère le bâtiment. Le magistrat, de son côté, a chargé la brigade de répression de la délinquance contre les personnes (BRDE) d’enquêter sur l’entretien du bâtiment.

 

« Des phénomènes aggravants »

 

France Euro Habitat (la Freha), jusqu’à aujourd’hui partie civile dans le dossier, a été sévèrement épinglée par les experts judiciaires, qui ont conclu à « des phénomènes aggravants » dans ce drame qui a coûté la vie, dans la nuit du 25 au 26 août 2005, à dix-sept personnes, dont quatorze enfants. « Les murs de l’escalier étaient recouverts de plaques de contreplaqué destinées à masquer la peinture au plomb, soutient Philippe Meilhac. La présence de ce matériau a été un facteur déterminant d’embrasement. Sans la présence de ces plaques, cet incendie, même s’il est de nature criminelle, aurait très vraisemblablement été circonscrit sans peine par les pompiers et nous n’aurions pas été placés face à un tel drame ». En 2000, la Freha s’était pourtant engagée à entreprendre des travaux de grande importance dans l’immeuble du boulevard Vincent-Auriol pour un montant de 12 millions de francs de l’époque. Devaient, notamment être réhabilités les logements et les circuits électriques de la bâtisse qui abritait vingt-sept familles. « Quant aux peintures au plomb, elles devaient être traitées, soutient Philippe Meilhac, pour éviter que les enfants n’entrent en contact avec cette matière particulièrement dangereuse pour leur santé… Mais faute de travaux, on s’est contenté de dissimuler. Aujourd’hui, les victimes veulent que la responsabilité du bailleur soit engagée. » La Freha, de son côté a toujours affirmé que certains travaux ont bien été effectués. Tous n’ont pas pu l’être, selon le bailleur, parce que le lieu était encore occupé.

 

© 2008 Le Parisien. Tous droits réservés.