05 Avr 2013

« Les propos de mon client s’inscrivent dans un large débat public et n’outrepassent en aucun cas la liberté d’expression », a encore soutenu Me Florand.

L’Est Républicain


Franche-Comté
Région Franche-Comté, vendredi 5 avril 2013, p. Région Franche-Comté18

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Le sénateur Michel (PS) sur tous les fronts

N. B.

 

Besançon. Le sénateur (PS) de la Haute-Saône Jean-Pierre Michel est rapporteur du projet de loi sur le mariage pour tous, adopté le 12 février par l’Assemblée nationale et dont l’examen a débuté hier au Palais du Luxembourg. Au même moment, l’élu comtois affrontait Frigide Bardot dans le prétoire de la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris où la « pasionaria » des manifs contre le mariage gay l’avait assigné en diffamation. Frigide Barjot reproche au sénateur d’avoir considéré que son collectif, « La manif pour tous », « représentait la pire des homophobies ». Dans un courrier daté du 26 février, Jean-Pierre Michel adressait une fin de non-recevoir à la demande de Mme Barjot, qui avait demandé à être auditionnée par la commission des lois du Sénat. Le sénateur socialiste avait réitéré ses propos devant les caméras de Public Sénat.

 

« Elle m’indispose »

 

« C’est une opinion, pas une diffamation », a plaidé hier son conseil, Me Jean-Marc Florand. Les propos de mon client s’inscrivent dans un large débat public et n’outrepassent en aucun cas la liberté d’expression », a encore soutenu Me Florand. Ex-chroniqueuse mondaine, épouse de l’animateur Basile de Koch, catholique fervente au point de se proclamer « attachée de presse de Jésus », Frigide Barjot a déploré que le rapporteur du texte légalisant le mariage de deux personnes de même sexe ait « refusé le débat avec un mouvement qui a mis dans la rue des centaines de milliers de manifestants ». Et de réclamer 3 000 € de dommages et intérêts à son adversaire. Lequel a dénoncé de son côté « une procédure abusive n’ayant d’autre but que de se faire un peu plus de publicité ». « Je ne regrette rien. J’ai peut-être été un peu hard dans mes propos mais Frigide Barjot m’indispose », a-t-il confié à La Croix en marge de l’audience. Le jugement a été mis en délibéré au 18 avril.

 

Du Pacs au mariage

 

Pendant ce temps, le débat s’engageait au Sénat où Jean-Pierre Michel entend défendre bec et ongles le texte du gouvernement qu’il soutient.

 

Ancien magistrat, catholique assumé, Jean-Pierre Michel, connu pour son humour décapant et ses positions tranchées, défend depuis vingt ans le droit des couples homosexuels à faire reconnaître leur union. Alors député, il avait déposé il y a vingt ans une proposition de loi instituant un « contrat d’union civile pour tous ». Ancien compagnon de route de Jean-Pierre Chevènement, Jean-Pierre Michel allait être quelques années plus tard en première ligne dans la défense du texte instaurant le Pacte civil de solidarité (Pacs), voté en 1999 sous le gouvernement de Lionel Jospin.

 

« Personnellement favorable » à la procréation médicalement assistée et à la gestation pour autrui, le sénateur Michel veut croire que le texte sur le mariage pour tous sera approuvé par le Sénat avec une majorité plus large que la seule gauche. Son adoption est toutefois loin d’être acquise.

 

Les débats pourraient se poursuivre jusqu’à la fin de la semaine prochaine ; le texte a de grandes chances de revenir à l’Assemblée en seconde lecture, probablement fin mai. En attendant, les amis de Frigide Barjot ne baissent pas la garde et restent mobilisés.

 

Illustration(s) :

 

Frigide Barjot reproche au sénateur d’avoir considéré que son collectif « représentait la pire des homophobies ».

 

 

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