19 Jan 2012

Les monte-en-l’air ne vont pas au ciel !

Calices, ostensoirs, ciboires Ils ont fait les poches au Bon Dieu en pillant des petites paroisses. Deux cambrioleurs et six receleurs présumés ont comparu, hier, à Clermont-Ferrand.

Courant 2007, plusieurs églises d’Auvergne reçoivent la visite d’esprits peu sains, qui les délestent de leurs précieux objets de culte. Une statue de la Vierge Marie, présentée à la Foire de la Bastille, à Paris, met les gendarmes sur la piste d’un antiquaire et d’un brocanteur du Var. Leur pietà n’a rien d’immaculée, elle provient d’un vol.

Les enquêteurs multiplient les écoutes et les filatures pour démanteler un véritable trafic de produits sacrés. Ainsi, huit personnes ont répondu d’association de malfaiteurs, hier, devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand.

1 Les cambrioleurs.  La procédure a été bâtie à partir des déclarations du brocanteur (58 ans). Il a confessé les cambriolages auxquels il participait et toute la chaîne de recel. Il dit avoir été assisté, lors de ses virées en Auvergne, d’un homme originaire de la Haute-Loire (53 ans), qui nie farouchement. Quand à sa nièce (33 ans), elle écoulait au marché aux puces les pièces sans valeur.

Réquisitions : deux ans de prison, dont dix-huit mois avec sursis, mise à l’épreuve et indemnisation des victimes pour le premier ; la même chose avec un sursis rabaissé à un an pour le second ; huit mois avec sursis pour la nièce.

2 Les commanditaires. Les calices et autres petits trésors étaient acquis par l’antiquaire (61 ans) et son épouse (45 ans). Sauf qu’il se déclare « complètement innocent ». Il le jure sur la Vierge, du moins sa statue : « Si j’avais su qu’elle était volée, je ne l’aurais jamais exposée au plus grand salon parisien ».

Réquisitions : dix-huit mois avec sursis, mise à l’épreuve, indemnisation, 6.000 ? d’amende pour monsieur ; un an avec sursis pour madame.

3 Les revendeurs.  Cette famille du Gers, qui a vécu en Floride, a créé une boutique virtuelle. Elle proposait sur Internet des centaines d’objets religieux, dont ceux du Varois, à des clients américains très friands de « ce qui est clinquant et qui a plus de 100 ans ». De 2004 à 2007, il y a eu 556 ventes pour un montant total de 359.000 $ (279.000 ?).

Réquisitions : six mois avec sursis, 5.000 ? pour le mari (61 ans) ; 3.000 ? avec sursis pour la femme (71 ans) ; trois mois avec sursis, 2.000 ? pour le fils de cette dernière (50 ans).

4 Les plaidoiries. « Pour se faire de l’argent facile, on n’hésite pas à piller le patrimoine de villages souvent isolés et dépeuplés », dénonce Loïc Eyrignac, substitut du procureur. « La démonstration du parquet est insuffisante. Ce n’est pas parce que ce sont des objets cultuels que l’émotion doit l’emporter sur la raison et le droit », répond Me Mohamed Khanifar, défenseur de l’antiquaire. Me Jean-Marc Florand, pour la famille du Gers, appuie au même endroit : « On ne démontre pas qu’ils connaissaient l’origine frauduleuse des pièces ». Enfin, Me Marielle Olivier-Dovy, avocat de l’Altiligérien, ne voit pas « le commencement d’une preuve ». Son client a tout de même été interpellé avec tout l’attirail du casseur dans sa voiture et un jeu de 300 clefs et passes. « C’est de la ferraille que je récupère à droite à gauche. Je ne jette rien », sort-il à la barre. Dans une affaire aussi religieuse, les juges vont-ils le croire ? Réponse le 27 février.

Bertrand Yvernault bertrand.yvernault@centrefrance.com

Les cambrioleurs.  Les commanditaires. Les revendeurs.  Les plaidoiries.

Centre France Communication