13 Sep 2011

« Les familles espèrent qu’on va toucher du doigt la vérité: qui a mis le feu et pourquoi? », a déclaré à l’AFP Me Jean-Marc Florand, avocat représentant plusieurs parties civiles.

AFP Infos Françaises


Mardi 13 septembre 2011 – 07:21:11 GMT

Le procès de l’incendie du bd Vincent Auriol (17 morts en 2005) reprend jeudi

PARIS, 13 sept 2011 (AFP) – – Le procès de l’incendie d’un immeuble vétuste qui avait fait 17 morts dont 14 enfants à l’été 2005 Boulevard Vincent Auriol à Paris s’ouvre jeudi devant le tribunal correctionnel, après un démarrage avorté en mars du fait d’une organisation chaotique.

 

« Les familles espèrent qu’on va toucher du doigt la vérité: qui a mis le feu et pourquoi? », a déclaré à l’AFP Me Jean-Marc Florand, avocat représentant plusieurs parties civiles.

 

« On veut que l’instruction soit rouverte, que la police et la justice fassent leur travail », confirme Tappa Kanouté, porte-parole des familles.

 

Le procès n’est pourtant pas censé creuser l’aspect criminel du sinistre, puisque l’enquête n’a pas permis d’interpeller le ou les auteurs de l’incendie, dont elle a néanmoins établi qu’il était volontaire.

 

« Mais des témoins sont cités » et pourraient apporter des éléments de réponse, espère Me Florand.

 

Seulement deux « personnes morales » seront sur le banc des prévenus: Freha (France Euro Habitat), association membre de la fédération Emmaüs qui était chargée de la gestion de cet immeuble du XIIIe arrondissement occupé jadis par la Poste, ainsi qu’une entreprise de bâtiment (Paris Banlieue construction) qui y avait effectué des travaux.

 

« Ce sera aussi le procès des marchands de sommeil », commente Me Tarik Abahri, autre avocat de familles de victimes, en déplorant les conditions « insalubres, indécentes » selon lui, dans lesquelles vivaient les quelque 130 occupants de l’immeuble, pour la plupart d’origine africaine (Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Gambie).

 

L’enquête avait mis en lumière un certain nombre de « non conformités », en particulier un revêtement en contreplaqué dans la cage d’escalier, qui avait été posé pour prévenir le problème de saturnisme provoqué par la présence de plomb dans les revêtements muraux du bâtiment, datant de 1894.

 

Il n’y avait pas d’extincteurs, pas de plan d’évacuation de secours, un seul accès à l’immeuble de six étages, où résidaient 130 personnes.

 

Le feu, qui s’était déclenché vers minuit dans la nuit du 25 au 26 août 2005, avait démarré sous l’escalier, où étaient rangées des poussettes. Il s’était propagé très rapidement et engouffré dans deux appartements, dont les portes et fenêtres étaient ouvertes.

 

Trois femmes et 14 enfants avaient péri. Cette année-là, plusieurs incendies meurtriers avaient touché la capitale, faisant au total 52 morts, pour la plupart des personnes d’origine africaine.

 

Le procès avait été initialement programmé les 9 et 10 mars, sur deux demi-journées jugées d’emblée bien trop courtes par les familles.

 

Dès le début, tout s’était mal passé: la salle était trop petite, une lecture fastidieuse des faits par la présidente du tribunal avait occupé toute la première demi-journée, le micro ne fonctionnait pas…

 

Le lendemain, le tribunal s’était installé dans une salle plus grande mais la sonorisation était toujours défaillante. Le fiasco général avait été constaté lorsque les juges, avocats, familles, journalistes, avaient dû se déplacer à l’autre bout du palais de justice, dans la salle qui avait abrité le début, avorté lui aussi à l’époque, du procès de Jacques Chirac.

 

Tout le monde avait fini par convenir que le temps manquait pour aborder le fond du dossier, les parties civiles criaient à la désinvolture, à l’injure aux victimes et, dans une ambiance très tendue, toute l’affaire était renvoyée.

 

Elle sera jugée cette fois en six demi-journées, sur trois semaines (les 15-16, 22-23 et 29-30 septembre).

 

at/soh/bfa

 

© 2011 AFP. Tous droits réservés.