27 Jan 2011

« L’accusation ne fournit aucun mobile sérieux », réplique Me Florand

Le Parisien


Faits divers, jeudi 27 janvier 2011, p. 75_T_9

CORRECTIONNELLE.
Le principal de collège accusé de s’être lui-même poignardé

Geoffroy Tomasovitch

 

Le principal adjoint du collège Pablo-Neruda de Pierrefitte comparaîtra le 24 février pour « dénonciation mensongère d’un crime ».

 

L’agression avait suscité une grande émotion. Le samedi 10 novembre 2007, à Pierrefitte (Seine-Saint-Denis), Mohamed Abdallah, principal adjoint au collège Pablo-Neruda, était découvert dans le coma et blessé à l’arme blanche dans l’enceinte de l’établissement où il résidait. Nicolas Sarkozy avait exigé que « toute la lumière soit faite sur ce drame afin que les auteurs de cet acte odieux soient identifiés ».

 

Le procès de cette affaire se tiendra le 24 février à Bobigny avec… Mohamed Abdallah, 47 ans, sur le banc des prévenus. Ce désormais cadre du rectorat de la Réunion est soupçonné de s’être lui-même poignardé et d’avoir inventé une tentative de meurtre. Il sera jugé en correctionnelle pour « dénonciation mensongère d’un crime ».

 

Une blessure « très superficielle »

 

« Je vais demander l’annulation de l’ordonnance du juge qui a renvoyé mon client devant le tribunal car elle reprend simplement les arguments du procureur sans aucun élément à décharge », confie Me Jean-Marc Florand, nouveau conseil de Mohamed Abdallah. Selon l’avocat, son client, « très affecté par ces accusations » et toujours en arrêt maladie à la Réunion, maintient qu’il a été agressé dans le collège où il avait été affecté en septembre 2007. Le juge d’instruction retient pourtant de nombreux éléments à charge contre l’ex-principal adjoint. D’abord, Mohamed Abdallah soutient avoir été attiré sur les lieux des faits par un bruit de verre cassé, ce que ne confirme pas le gardien du collège qui était avec lui. « Des contradictions entre témoins, c’est courant », balaye Me Florand. Plus troublant, un médecin légiste affirme que la blessure « très superficielle » subie au ventre par la victime est « incompatible avec un coup porté par un assaillant se trouvant de face ». Par ailleurs, l’ADN de Mohamed Abdallah a été relevé sur l’arme retrouvée sur son ventre, et sur un gant qui appartenait à sa fille. Enfin, un expert estime que la perte de conscience peut avoir été causée par un « choc émotionnel ». Soulignant « la parfaite mauvaise foi » du mis en examen, le juge avance que cette mise en scène a pu être motivée par le souhait de M. Abdallah de rejoindre sa famille, restée à la Réunion.

 

« Ça n’a aucun sens, mon client avait souhaité cette affectation en métropole et choisi ce collège. L’accusation ne fournit aucun mobile sérieux », réplique Me Florand. Selon l’avocat, il n’y a rien « d’invraisemblable » à retrouver l’ADN de la victime sur le couteau. « Et on ne peut pas lui opposer son coma et le pronostic vital engagé avancé au départ par les secours! » ajoute-t-il. Il plaidera la relaxe pour un homme à « la carrière exemplaire » et qui n’a, depuis, fait l’objet d’aucune sanction disciplinaire.

 

Illustration(s) :

 

(afp/M. fEDOUACH.)

 

© 2011 Le Parisien. Tous droits réservés.