16 Juin 2008

Me Jean-Marc Florand et le spectre de l’erreur judiciaire plaide l’absence de preuves, « la personnalité désastreuse d’Alice » en proie à des troubles psychologiques ou encore « l’invraisemblance absolue des faits dénoncés »

Le Parisien


FAITS DIVERS, lundi 16 juin 2008, p. 16

Assises
L’interminable calvaire d’Alice face à son père

Valérie Brioux

 

IL A DÉJÀ ÉTÉ condamné deux fois pour viols sur la plus jeune de ses filles : seize ans de réclusion criminelle infligés par la cour d’assises de la Sarthe en 1999, puis dix-sept ans prononcés par les assises de la Sarthe en octobre 2006, après l’annulation du premier verdict par la Cour de cassation. Michel Quesne, un ancien agriculteur âgé de 66 ans, se dit pourtant plus que jamais innocent des crimes dont Alice, 34 ans, l’accuse. Le procès en appel de ce « miraculé de la procédure », comme l’ont surnommé ses avocats, s’ouvre ce matin devant la cour d’assises de Paris. L’audience de la dernière chance pour ce père de cinq enfants qui comparaît libre, une épreuve de plus pour sa benjamine, engagée depuis 1994 dans un éprouvant combat judiciaire pour se faire reconnaître comme victime.

 

« Serial violeur »

 

Alice avait 20 ans quand elle s’est décidée à porter plainte contre son père. Elle dénonce des brimades, maltraitances, coups, viols et autres agressions dont se serait rendu coupable son père dès son plus jeune âge. Le premier viol remonterait au début des années 1980, d’autres se seraient reproduits en 1993. Michel Quesne est incarcéré durant quatre mois mais les accusations de sa benjamine se heurtent à des incohérences. En 1998, le juge d’instruction finit par ordonner un non-lieu conforme aux réquisitions du parquet. La cour d’appel d’Angers décide, elle, de le renvoyer devant les assises. Après une journée de procès, en mai 1999, il est expédié derrière les barreaux. En juillet 2005, la Cour de cassation, saisie d’un vice de procédure relevé par la Cour européenne des droits de l’homme, annule la condamnation de Michel Quesne, aussitôt libéré. Une première dans les annales judiciaires.

 

Son second procès s’ouvre le 19 octobre 2006 à Angers. Ses avocats, M e s Jean-Marc Florand et Philippe Meilhac, brandissent le spectre de l’erreur judiciaire et plaident l’absence de preuves, « la personnalité désastreuse d’Alice » en proie à des troubles psychologiques ou encore « l’invraisemblance absolue des faits dénoncés ». Les défenseurs de la jeune femme, M e s William Bourdon et Nathalie Senyk, peignent, eux, le portrait d’un « serial violeur ». La parole d’Alice emporte la conviction de l’avocat général et des jurés. Michel Quesne perd, pour la seconde fois, la bataille sur le fond. Réincarcéré avant d’être remis en liberté, ce père « aux deux visages », encourt vingt ans de réclusion criminelle.

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