06 Fév 2010

Hossein refait le procès de Seznec

Hossein refait le procès de Seznec

THÉÂTRE La pièce « Seznec, un procès impitoyable » propose au public de rejuger l’accusé Sur scène, trône, copie conforme, un tribunal. On se croirait à une audience de cour d’assises. Boiseries, box du prévenu, rambarde de bois. L’endroit est à la fois daté et intemporel. Le Théâtre de Paris accueille le nouveau spectacle de Robert Hossein, consacré à l’affaire Seznec. Mercredi, lors de la générale, mille invités révisaient le jugement le concernant et datant de novembre 1924. Chacun connaît le procès qui défraya la chronique, le dénommé Seznec étant accusé d’avoir tué son copain en affaires, le conseiller général Quéméneur, disparu après avoir été vu, pour la dernière fois, en sa compagnie. L’arme du crime et le cadavre n’ont jamais été retrouvés. Avec précision, Hossein retrace les minutes du procès qui, la préméditation n’ayant pas été retenue, envoya l’accusé au bagne de Cayenne où il demeura jusqu’en 1947. Amoureux du théâtre, celui qui inventa et les grandes mises en scènes et les propos généreux et les spectacles interactifs, invite non seulement à se replonger dans le déroulement judiciaire de l’époque mais encore, et c’est là la nouveauté, à revoter. A l’issue de la représentation que Hossein anime, du moins en son début, précisant qu’il ne cherche pas à réhabiliter son héros, l’immortel Joffrey de Peyrac propose au public de rejuger Seznec. En tenant compte des éléments qu’il vient d’apprendre. Pour cela, des hôtesses remettent, à chacun des jetons, noirs (coupables) et blancs (innocents) à disposer, selon son choix, dans des urnes placées au final sur une balance (de la justice ?) rendant donc le jugement populaire de 2010 sur une affaire qui n’a jamais été clairement tranchée, le verdict original se trouvant toujours entaché de doutes. Mercredi, à Paris, Seznec fut jugé innocent. Participaient au vote puisque, présents dans la salle, des maîtres comme s’il en pleuvait. Une ribambelle d’avocats se gardait bien, tenus au secret, d’émettre un avis tranché à haute voix tout en plaçant leur jeton dans l’urne. Seule, manquait à l’appel, la ministre de la Justice, plus occupée à se chamailler avec son camarade du ministère de l’Intérieur qu’à réécouter les tenants et les aboutissants d’une affaire dont ses services ne veulent pas entendre parler. Ainsi donc, Dominique de Villepin (accompagné de son épouse Marie-Laure) mais aussi Gilbert Collard, Jean-Marc Florand, Karim Achoui, ténors du barreau très photographiés, écoutèrent religieusement les réquisitoires et les plaidoiries qui aboutirent, ce soir-là, à la proclamation de l’innocence de Seznec, en présence notamment de son petit-fils Denis qui bataille pour sa mémoire. Et, depuis le début des représentations, il y a une semaine, la cause semble pareillement entendue et l’affaire, quotidiennement rejouée, se trouve, semble-t-il, également rejugée. Dans le bon sens ?

Henry-Jean SERVAT

Boiseries, box du prévenu, rambarde : un vrai décor de cour d’assises. PQR

20100206-12039567

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