25 Juil 2013

Me Florand a également rappelé que son client avait été victime d’une policière affabulatrice qui, en 1996, avait accusé cinq jeunes de l’avoir violée dans le RER C.

Le Parisien


Essonne, jeudi 25 juillet 2013, p. 91_E_2

Les Ulis Il avait voulu venger son frère agressé
Cinq ans de prison pour avoir lancé une grenade sur une sandwicherie

cécile chevallier

 

Il aurait pu comparaître devant une cour d’assises. Car au départ, Idriss était poursuivi pour tentative d’assassinat. Mais il a rapidement été établi que ce père de famille de 35 ans originaire des Ulis n’avait « jamais eu l’intention de tuer qui que ce soit ». Le tribunal correctionnel d’Evry l’a néanmoins condamné hier après-midi à cinq ans de prison dont 18 mois avec sursis. Il a été reconnu coupable de violences volontaires avec arme et dégradations volontaires pour avoir lancé une grenade en direction du Tassili, une sandwicherie située avenue des Champs-Lasniers aux Ulis, un soir de septembre dernier.

 

Un acte qui aurait pu « avoir de très lourdes conséquences » comme l’a rappelé la procureur hier, mais qui n’a fait qu’un blessé léger avec deux jours d’incapacité totale temporaire, sans compter les dégâts matériels. Un « geste inadmissible » a également concédé Jean-Marc Florand, l’avocat de la défense. Mais qui s’explique, « même si rien ne le justifie », a-t-il poursuivi : la veille, le frère d’Idriss a été violemment agressé par un jeune. Très « fusionnel » avec son aîné, Idriss ne l’a pas supporté et s’est fait justice lui-même. Il s’est rendu à la sandwicherie où l’agresseur travaillait, et il a jeté la grenade. En ayant « pris soin avant » de prévenir les personnes présentes à l’intérieur pour qu’elles se mettent à l’abri dans le fond. Et même la procureur en est persuadé : « Le prévenu n’a pas manqué sa cible en jetant la grenade à l’extérieur. Il a réellement visé l’extérieur, car il ne voulait tuer personne. Ce qui n’empêche que son geste est absolument intolérable dans une société civilisée où la vengeance n’est pas admise. »

 

Déjà en détention provisoire à Fleury-Mérogis

 

Idriss n’avait visiblement pas non plus conscience de la dangerosité de son arme. « Ce n’est que pendant l’instruction qu’il a découvert que c’était le même type de grenade utilisé pendant les guerres, a plaidé son avocat. Il pensait avoir acheté une grenade à plâtre, ne pouvant causer que des dégâts matériels, car il voulait seulement intimider l’agresseur de son frère, alors hospitalisé. » Me Florand a également rappelé que son client avait été victime d’une policière affabulatrice qui, en 1996, avait accusé cinq jeunes de l’avoir violée dans le RER C. Agé de 15 ans à l’époque, Idriss avait passé huit mois en détention provisoire avant d’être innocenté et la policière radiée pour ses mensonges. « Profondément marqué par cette histoire », il a ensuite eu quelques déboires avec la justice, pour outrages notamment. Mais sa dernière condamnation remonte à 2006. Hier à la barre, il a assuré qu’il « comprenait sa détention, qu’il ne s’attendait pas à sortir rapidement car son acte était vraiment très grave ». Il a donc écouté avec calme le délibéré le condamner à un peu plus de trois ans de prison ferme. Déjà en détention provisoire à Fleury-Mérogis depuis le 20 septembre 2012, il est donc reparti dans sa cellule hier soir.

 

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