24 Fév 2011

Me Florand a dénoncé « un dossier totalement à charge », « une instruction brouillonne ».

jean marc florand avocat paris
AFP Infos Françaises


Jeudi 24 février 2011 – 17:20:52 GMT

Six mois de sursis requis pour un principal qui aurait inventé son agression

BOBIGNY, 24 fév 2011 (AFP) – – L’ancien principal adjoint d’un collège de Seine-Saint-Denis a-t-il inventé son agression dans l’établissement en novembre 2007? Si le parquet a requis 6 mois de prison avec sursis, son avocat dénonce une instruction « à charge », dans une affaire qui avait ému la classe politique.

 

Mohamed Abdallah, 47 ans, est poursuivi pour « dénonciation mensongère entraînant des recherches inutiles », mais maintient avoir subi une agression dans son établissement le 10 novembre 2007 au soir.

 

Le principal adjoint avait alors été découvert grièvement blessé par le gardien du collège Pablo Neruda, un établissement connu pour être difficile. Un couteau de cuisine avait été retrouvé sur son abdomen.

 

La blessure, peu profonde, n’avait pas touché d’organe vital, mais M. Abdallah avait été admis en réanimation à l’hôpital dans un état grave.

 

Cette affaire avait suscité l’émoi de la classe politique. Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, s’était rendu au chevet du principal adjoint. Le président Nicolas Sarkozy avait demandé une réunion d’urgence sur la sécurité du collège Pablo-Neruda.

 

Mais en février 2008, le parquet de Bobigny avait ouvert une information judiciaire pour « dénonciation d’un crime ou d’un délit imaginaire ». Les enquêteurs soupçonnaient le principal adjoint de s’être blessé lui-même pour rentrer à la Réunion, parce qu’il aurait mal vécu la séparation d’avec son épouse et ses deux enfants.

 

A la barre, M. Abdallah a répété avoir été agressé par deux personnes. « J’ai reçu un violent coup à la tête, j’ai senti quelque chose de froid et j’ai entendu + Crame-le, crame-le + », a-t-il dit.

 

Puis il aurait sombré dans le coma pendant 48 heures. Mais ce point, comme tant d’autres, a fait débat lors du procès, un expert ayant estimé lors de l’instruction qu' »une simulation du coma (n’était) pas exclue ». L’expert n’avait pas vu M. Abdallah, a réagi son avocat Jean-Marc Florand, qui a plaidé la relaxe.

 

« Au départ, le pronostic vital était engagé », a-t-il rappelé. « Si mon client est un menteur, les médecins (qui se sont occupés de lui après les faits) sont des imbéciles! », a-t-il dit.

 

Son ADN a été retrouvé sur le couteau, ainsi qu’un ADN féminin présent en trop petite quantité pour être analysé. « On s’est bien gardé de parler des autres ADN (retrouvés sur les lieux) dans l’instruction », a rétorqué Me Jean-Marc Florand.

 

Si le parquet a parlé de la présence de « preuves patentes » d’une fausse agression, d' »incohérences », Me Florand a dénoncé « un dossier totalement à charge », « une instruction brouillonne ».

 

Cette affaire « remet en cause l’autorité que vous représentez, la confiance qu’apportent nos concitoyens au monde enseignant », a dit le substitut du procureur.

 

Me Florand a déploré que son client n’ait jamais été entendu par un juge d’instruction sur la tentative de meurtre, avant de rappeler que le collège Neruda était « particulièrement difficile » et qu’une voiture bélier y avait été incendiée en 2006.

 

Quant au mobile annoncé, la volonté de M. Abdallah de retrouver sa famille à La Réunion, l’avocat l’a qualifié de « fable intellectuelle », martelant que son client avait demandé un détachement en métropole pour une progression de carrière.

 

Mohamed Abdallah travaille actuellement au rectorat de la Réunion.

 

La décision sera rendue le 31 mars.

 

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