26 Juin 2007

FAIT DIVERS Me ACHOUI DÉFEND NOTAMMENT LE CLAN HORNEC L’avocat du grand banditisme victime d’une tentative d’assassinat à Paris

Le Monde


Société, mardi 26 juin 2007, p. 14

EUROPE & FRANCE

FAIT DIVERS Me ACHOUI DÉFEND NOTAMMENT LE CLAN HORNEC
L’avocat du grand banditisme victime d’une tentative d’assassinat à Paris

Piotr Smolar

 

KARIM ACHOUI avait 15 000 euros en liquide sur lui lorsqu’il a été victime, vendredi 22 juin, d’une tentative d’assassinat à Paris. Agé de 39 ans, cet avocat spécialisé dans la défense des figures du grand banditisme a été hospitalisé après avoir été touché par balles à deux reprises. Lundi 25 juin, le pronostic vital n’était plus engagé.

 

Karim Achoui était sorti vers 22 h 15 de son cabinet, situé boulevard Raspail, dans le 7e arrondissement de Paris. Il rejoignait à pied son véhicule, lorsque deux hommes se sont approchés sur un scooter. Le passager, casqué, a ouvert le feu, deux balles touchant l’avocat à la cuisse et au dos. Le manque de précision dans l’exécution de ce guet-apens fait douter du professionnalisme de ses responsables, indique-t-on de source policière.

 

Les policiers de la brigade criminelle, chargés de l’enquête, ont perquisitionné son cabinet. Rien de concluant n’aurait été découvert. Les hypothèses sur l’identité des commanditaires de cette opération sont nombreuses, tant la carrière de Karim Achoui, séducteur, flambeur et joueur, est jalonnée d’affaires explosives.

 

« CLIENTÈLE SPÉCIALISÉE »

 

Le jeune homme s’est lancé dans la carrière d’avocat en 1993 au côté de Jean-Marc Florand, qui avait été son professeur à l’université. Contrairement aux rumeurs, affirme Me Florand, Karim Achoui n’a pas d’origines modestes. « Ses parents sont originaires de Tizi-Ouzou, en Kabylie, mais il est né dans les Hauts-de-Seine, et pas en cité, note-t-il. Ses parents possédaient des brasseries à Paris. »

 

Dans un premier temps, Me Jacques Vergès a apporté une aide aux deux hommes en leur proposant des dossiers qu’il n’avait pas le temps de traiter. L’association entre Mes Florand et Achoui a duré sept ans. « A la fin, nous n’avions plus la même vision de l’avenir, explique Me Florand. Il avait commencé à développer une clientèle spécialisée particulière. Disons que leur mode de contestation favori n’est pas la saisine du bâtonnier… »

 

Parmi cette clientèle, on trouve Antonio Ferrara, célèbre braqueur. Celui-ci s’était évadé de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), en 2003, à l’issue d’une opération commando. Soupçonné d’être impliqué, Me Achoui a été mis en examen, puis renvoyé devant la cour d’assises. « Si les éléments contre lui étaient sérieux, il n’aurait pas été laissé libre », souligne Me Maurice Missistrano, l’un de ses nombreux avocats qui comptent parmi les plus prestigieux de Paris.

 

Autres clients du pénaliste, les frères Mario et Jean-Claude Hornec, considérés comme les parrains du milieu parisien. Ces derniers ont été mis en examen et écroués en novembre 2006, dans un dossier de trafic de cocaïne en provenance de Colombie. Pour les policiers, les rapports qu’entretenait Karim Achoui avec ses clients dépassaient le cadre du conseil classique. « Dîner avec des gens de tous les milieux est le propre des avocats, comme celui des journalistes, s’emporte Me Missistrano. Concernant Me Achoui, on critique une ambiance, une manière d’être, mais on ne donne aucun fait précis contre lui ! »

 

Quelques heures avant le guet-apens, vendredi, Karim Achoui avait été condamné à douze mois de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer sa profession par le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine), dans le cadre d’une affaire commerciale l’opposant à son ex-épouse.

 

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