17 Déc 2007

« Erreur judiciaire » et « préjugés moraux »

Le Parisien


FAITS DIVERS, lundi 17 décembre 2007, p. 14

Justice
Le meurtrier à la 2 CV demande un nouveau procès

Valérie Brioux

 

POUR Bruno Joushomme, c’est sans doute l’audience de la dernière chance. La commission de révision des condamnations pénales statuera cet après-midi sur la seconde requête en révision formée par cet homme âgé aujourd’hui de 45 ans. Il avait été condamné en 1998 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’assassinat de sa riche épouse, Evelyne Laborde, 61 ans, morte carbonisée dans leur voiture en 1985 , sur une petite route sinueuse de la forêt de Chaville (Hauts-de-Seine). La première tentative pour obtenir un second procès avait échoué. La deuxième risque de connaître pareil sort. Le 19 novembre, lors des débats, l’avocat général a estimé qu’aucun élément nouveau ne venait justifier l’annulation du verdict de culpabilité prononcé par la cour d’assises des Hauts-de-Seine en 1998. En conséquence, le magistrat a requis le rejet de la requête.

 

« Erreur judiciaire » et « préjugés moraux »

 

Les avocats de Bruno Joushomme, M e Jean-Marc Florand et Philippe Meilhac, se battent pour faire reconnaître la thèse du tragique mais banal accident. Ils se basent sur une expertise privée dont les conclusions sont « diamétralement opposées » à celles retenues par l’accusation. En l’occurrence, Evelyne Laborde aurait péri dans la 2 CV du couple à la suite d’une défaillance mécanique. La voiture, hors de contrôle, aurait fini sa course sur le bas-côté avant de s’embraser lentement. La malheureuse serait restée prisonnière des flammes en raison de sa forte corpulence. Ces éléments n’ont jamais ébranlé la justice dans ses certitudes : ce 28 février 1985, Joushomme est descendu de voiture, a aspergé l’intérieur de l’habitacle d’essence et laissé mourir sa femme, de trente-neuf ans son aînée. Son mobile : 4 millions de francs (quelque 600 000 €) de patrimoine immobilier dont il était devenu l’unique héritier après son tout récent mariage. A l’automne 1984, ce fils de bonne famille de 22 ans, étudiant en philosophie, rêveur et séducteur, était devenu un intime d’Evelyne Laborde, une ancienne infirmière amie de sa mère. Une femme enjouée et extravagante, devenue M m e Joushomme après une union célébrée le 7 décembre à la mairie du XII e arrondissement de Paris. Un mois et demi et une donation au dernier vivant plus tard, la mariée mourait carbonisée. Les premiers éléments de l’enquête avaient conclu à un accident avant qu’une longue et chaotique instruction ne se solde par le renvoi de Bruno Joushomme devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine. Les jurés étaient alors allés au-delà des vingt années de réclusion requises par l’avocat général. M e Florand et Meilhac dénoncent « l’erreur judiciaire » et les « préjugés moraux » : un homme jeune ne pourrait être amoureux d’une femme plus âgée. Ils balayent aussi le prétendu mobile de leur client, la famille Joushomme étant aussi fortunée que la victime. Bruno Joushomme a toujours crié son innocence. Sans jamais convaincre la justice.

 

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