31 Jan 2012

docteur Capobianco : «Cette molécule, je la maîtrise»

docteur Capobianco florand
L’Est Républicain


Lorraine
Région Lorraine – Ouverture Région Lorraine, mardi 31 janvier 2012, p. Région Lorraine19

Justice Sanction pénale

«Cette molécule, je la maîtrise»

Eric NICOLAS; eric.nicolas3@estrepublicain.fr

 

Le docteur Capobianco se défend d’avoir endormi ses patientes avec du Valium et de les avoir violées. « Des hallucinations », assure-t-il. Verdict aujourd’hui.

 

C’est aujourd’hui, après sept jours d’un procès particulièrement lourd, que Joël Capobianco, ce médecin vosgien de 55 ans, connaîtra le sort que lui réserve la cour d’assises en appel de Meurthe-et-Moselle, présidée par Jean-Michel Perrin.

 

Accusé de « viols aggravés », commis entre 1998 et 2003 sur neuf de ses patientes, après leur avoir injecté du Valium en intraveineuse, l’ancien praticien de Dommartin-lès-Remiremont (88), qui a effectué sept mois de détention mais qui comparaît libre du fait de son appel, encourt 20 ans de réclusion. En juin 2010, en première instance, à Épinal, il avait écopé de 15 ans.

 

C’est un homme sûr de son fait qui s’est levé, hier matin, quand la cour a l’interrogé sur les faits. « On essaie de  » construire  » un violeur. Je n’ai fait que mon travail, de façon attentive et attentionnée. Et, contrairement à ce que les parties civiles avaient affirmé (NDLR : au moment de sa remise en liberté), elles ont dit en effet que j’allais m’échapper et récidiver, je suis présent. Pour moi, il y a deux possibilités : soit les plaignantes mentent, soit elles ont été victimes d’hallucinations ». Et d’exhiber de la littérature qui abonderait dans son sens.

 

« Mépriser son serment pour assouvir ses pulsions »

 

Le médecin explique sa technique, qui, selon lui, ne devrait pas donner lieu à la controverse : « Je procédais à ces injections pour la petite chirurgie dermatologique. C’est ce que l’on appelle la sédation consciente. Cette technique est utilisée en chirurgie dentaire depuis 50 ans en Angleterre. Par ailleurs, ma qualité d’écoute était connue dans toute la vallée et j’utilisais aussi le Valium pour libérer la parole, c’est ce que l’on nomme la narco-analyse, ou pour traiter les crises d’angoisse. Cette molécule, je la maîtrise parfaitement ».

 

Seul souci, les victimes assurent être tombées dans l’inconscience, puis avoir subi les assauts de celui en qui elles avaient toute confiance.

 

« Pour ma cliente, le docteur était sur un piédestal, il était son sauveur, allait la sortir de la dépression. Il a méprisé son serment pour assouvir ses pulsions », note Me Brion. « Ces femmes ont porté plainte tardivement car leur raison leur disait qu’il était inconcevable qu’un médecin puisse faire ça ».

 

« Docteur Jekyll et Mister Hyde »

 

Me Founes dénonce « les mensonges », « les écrans de fumée destinés à cacher la vérité ». Aurélie, sa cliente, a été « trahie, salie, souillée par ce pervers ». « Il y a du docteur Jekyll et Mister Hyde chez Joël Capobianco », souligne Me Steyer. « Les victimes ont vu, au moment de la piqûre, le regard du médecin changer… ».

 

Aujourd’hui, avant les plaidoiries de Mes Brultet et Florand, pour la défense, et le verdict, prévu dans la soirée, Jacques Santarelli prendra la parole.

 

Hier, l’avocat général a rappelé qu’en 1988, le docteur Capobianco avait assommé une jeune femme à coups de clé à molette sur une plage de Bretagne, avant de se livrer à des attouchements. « D’après vous, vous ne l’avez pas violée parce que vous avez croisé son regard terrorisé. N’avez-vous pas voulu supprimer ensuite ce regard avec le Valium ? N’avez-vous pas remplacé la clé à molette par la seringue ? ».

 

Illustration(s) :

 

Joël Capobianco, défendu par Me Jean-Marc Florand, connaîtra ce soir le verdict de la cour d’assises. Photo Alexandre MARCHI

 

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