28 Avr 2008

Je découvre cette nullité juste avant l’audience alors que la date du procès est prévue depuis longtemps. C’est déloyal ! Je vous demande de la rejeter !

L’Est Républicain


VESOUL
76, HAUTE-SAÔNE, lundi 28 avril 2008, p. VES02

HAUTE-SAÔNE

Tribunal de lure
« La Trique » répond de ses écrits

Émilie FIEROBE efierobe@estrepublicain

 

Certains avocats sont venus sur leur temps libre assister à l’audience. Car quand deux conseils du barreau de Paris s’affrontent, ça vaut le détour. Le Haut-Saônois d’origine Me Jean-Marc Florand – qui a fait acquitter Patrick Dils – affrontait son confrère Me Chazal.

 

Diffamation ou simple liberté d’expression ? La question s’est posée au tribunal de Lure. Le prévenu, directeur de publication du journal satirique la Trique du Sapeur (qui n’est plus dans les kiosques) est poursuivi pour avoir écrit et publié des propos diffamatoires envers Michel Federspiel, maire de Lure de l’époque, et son premier adjoint Éric Houley, le maire actuel. Entre le 20 avril et le 18 mai 2006 dans la région luronne.

 

Le journaliste n’est pas présent à l’audience, les victimes, elles, témoignent à la barre, évoquant « de fausses informations qui ont provoqué un grave préjudice à la ville. »

 

Reste que le droit de la presse est complexe. D’entrée, l’avocat du prévenu, Me Chazal, soulève une nullité : « Le réquisitoire du procureur n’a pas été fait dans le délai de trois mois demandé ». La bataille du barreau commence quand Me Florand bondit : « Je découvre cette nullité juste avant l’audience alors que la date du procès est prévue depuis longtemps. C’est déloyal ! Je vous demande de la rejeter ! »

 

Caméras et barbelés

 

Quant aux faits les voici : le 3 juin 2005, la mosquée de Lure est victime de tags à caractère raciste et xénophobe.Qui provoquent de vives réactions dans la région luronne. Le sous-préfet de l’époque, Jacques Destouches, indigné, demande que le lieu de culte soit sécurisé : grillages et caméras de surveillance. La ville est désignée comme maître d’ouvrage.

 

D’où la plume rageuse du journaliste qui accuse, dans son numéro d’avril 2006le maire et son adjoint de « dilapider l’argent du contribuable ». Et de le faire au moment où ils ont besoin de récupérer des électeurs dans la communauté musulmane. « Des propos diffamatoires », selon Me Florand, qui précise pour rétablir la vérité, que le terrain sur lequel s’est construit la mosquée a été cédé pour l’euro symbolique, et que le lieu de culte a été financé à 100 % par des fonds privés. « L’État a demandé à la ville d’être maître d’ouvrage pour les caméras et le grillage mais ils ont été financés dans le cadre d’une convention avec l’État et l’association culturelle musulmane ! »

 

15.000 € de dommages

 

Il demande 15.000 € de dommages pour chacun des deux élus. Et la publication du jugement aux frais du prévenu dans plusieurs journaux de Haute-Saône.

 

Le procureur Jean-François Parietti requiert une amende que le tribunal devra fixer tout en décrivant La Trique comme un « journal nauséabond », un ennemi de la démocratie.

 

« Je n’ai jamais entendu un représentant du parquet dénigrer à ce point un journal », note Me Chazal. Celui-ci témoigne : « Je suis allé voir la mosquée avant de me rendre au tribunal. J’estime que ce qui y a été fait est incroyable. Il ne manque plus que les miradors, c’est un scandale ! »

 

Pour lui, « ce ghetto » contrecarre l’harmonie religieuse que veulent préserver les victimes. « Mon client a voulu dire que d’autres endroits de la cité étaient tagués et que la ville ne s’en occupait pas, il a même adressé des photos de certains lieux au juge. Comme des squares d’enfants, qui méritaient vraiment que les inscriptions soient effacées. » Quant aux propos en tant que tels, l’avocat n’y trouve aucune diffamation. « Ces débats, justement, honorent la démocratie. Je vous demande de le relaxer. »

 

Le tribunal s’est donné jusqu’au 23 mai à 9 h pour rendre son jugement.

 

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