25 Fév 2011

« Coma niveau 3 », « pronostic vital engagé », intubation sur place… « Alors il faut m’expliquer : soit ces médecins sont des ânes, soit Mohammed Abdallah est un excellent comédien! » s’emporte Me Florand.

Le Parisien


Faits divers, vendredi 25 février 2011, p. 75_T_15

CORRECTIONNELLE
Sursis requis contre l’ex-principal adjoint qui aurait inventé son agression

ÉLODIE SOULIÉ

 

BOBIGNY (SEINE-SAINT-DENIS)

 

Il aurait pu se trouver sur le banc des victimes. Mais c’est en délinquant, passible de six ans de prison et accusé de dénonciation mensongère, que Mohamed Abdallah, ancien principal adjoint du collège Pablo-Neruda de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), a croisé le fer avec les juges du tribunal correctionnel de Bobigny hier après-midi.

 

Son agression au couteau, un samedi soir de novembre 2007 dans l’enceinte du collège qu’il dirigeait depuis à peine deux mois, avait ému jusqu’au président de la République. Mais deux mois plus tard, « l’acte odieux » s’était retourné contre lui : Mohammed Abdallah, remis d’une blessure superficielle à l’origine néanmoins d’un coma sur lequel les experts médicaux divergent, s’était retrouvé suspecté d’avoir échafaudé une fausse agression pour accélérer son retour à la Réunion. Il était à l’époque « détaché » en métropole.

 

Un coma mis en doute

 

 

Un passage au collège Pablo-Neruda, avec ses multiples intrusions et violences, le vandalisme et les tentatives d’incendie, était un moyen de faire progresser sa carrière, insiste la défense de l’enseignant. Une mutation subie et imposée par l’administration, rétorque l’accusation. Chaque détail de cette soirée du 10 novembre 2007 donne d’ailleurs lieu à une interprétation contraire entre les deux parties au procès. Ainsi du témoignage du gardien de collège, qui n’a « rien entendu » mais a découvert le principal à terre, un couteau sur le ventre. Ou de l’ADN d’Abdallah décelé sur le couteau, sur ses gants trouvés au sol et sur des débris de verre qui jonchaient l’herbe. Une évidence pour l’avocat de Mohammed Abdallah, Me Jean-Marc Florand. Un indice que la victime était bien seule sur les lieux pour l’accusation. Les deux jours de coma? Des experts l’ont mis en doute à partir du dossier, mais les pompiers et les médecins intervenus ce soir-là se sont montrés formels : « Coma niveau 3 », « pronostic vital engagé », intubation sur place… « Alors il faut m’expliquer : soit ces médecins sont des ânes, soit Mohammed Abdallah est un excellent comédien! » s’emporte Me Florand. Le prévenu, 47 ans dont vingt-deux de carrière brillante, le répète à l’envi : « Tout est faux! Mon honnêteté et ma probité ont été mises en cause. Je veux être blanchi. Ce procès, c’est comme une seconde agression… »

 

L’ex-principal adjoint, actuellement en poste au rectorat de la Réunion, n’a jamais été sanctionné par l’Education nationale. Le substitut du procureur réclame néanmoins six mois de prison avec sursis contre cet homme, coupable à ses yeux d’avoir trahi la confiance de ses concitoyens et du monde enseignant. « En somme, Abdallah devrait s’excuser de n’être pas mort! » a répondu Me Florand. Il saura le 31 mars si sa fougue méthodique à démonter « une construction intellectuelle de juge d’instruction » aura porté ses fruits.

 

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