10 Mar 2011

« Ce procès n’a pas été préparé, c’est un affront fait à la mémoire des morts! », a lancé un avocat des parties civiles, Me Jean-Marc Florand.

AFP


Jeudi 10 mars 2011 – 18:01:55 GMT

Incendie du boulevard Vincent Auriol: procès chaotique, renvoyé sine die

Par Annie THOMAS

 

PARIS (AFP) – Le tribunal correctionnel de Paris a renvoyé sine die jeudi le procès de l’incendie d’un immeuble vétuste qui avait fait 17 morts dont 14 enfants en août 2005 bld Vincent Auriol (Paris XIIIe), à la demande des avocats qui en ont déploré l’organisation, particulièrement chaotique.

 

« Ce procès n’a pas été préparé, c’est un affront fait à la mémoire des morts! », a lancé un avocat des parties civiles, Me Jean-Marc Florand.

 

« Le tribunal baisse les bras », a finalement déclaré la présidente de la 14e chambre, Jacqueline Rebeyrotte, en donnant rendez-vous aux avocats pour une audience technique le 5 mai.

 

Le procès ne pourra pas se dérouler avant la fin de l’année, a-t-elle ajouté.

 

Les parties civiles avaient déploré dès son ouverture, mercredi, que le procès n’ait été programmé que sur deux demi-journées, criant au mépris et à la désinvolture. La salle était trop petite, le public debout n’entendait rien et l’audience s’était résumée à deux heures d’un monologue de la présidente.

 

A la reprise, jeudi à 14H30, le tribunal était installé dans une salle plus grande, et néanmoins pleine.

 

Il n’y avait la veille aucune « désinvolture » de la part du tribunal, a affirmé la présidente avant de reprendre sa lecture, toujours aussi difficilement audible.

 

Elle a alors appelé à la barre le représentant d’une entreprise prévenue au procès qui, s’approchant du micro, a déclenché un insupportable sifflement.

 

La sono semblant irréparable, il a été décidé de déplacer le tribunal, les proches des victimes, le public et les journalistes à l’autre bout du palais de justice, vers la 1ère chambre civile.

 

Cette salle prestigieuse avait été prévue pour le procès des emplois présumés fictifs de la Ville de Paris. Jacques Chirac était censé y comparaître mercredi, mais le procès a été renvoyé dès son deuxième jour, mardi, pour une question de procédure.

 

Tout le monde s’est alors installé tant bien que mal et les avocats, de la défense comme de la partie civile, ont demandé le renvoi, estimant que la journée supplémentaire d’audience prévue vendredi ne suffirait pas aux débats.

 

Quand il s’agit de juger des catastrophes comme AZF, le Mont-Sainte-Odile ou le tunnel du Mont-Blanc, ou d’organiser les procès de MM. Villepin ou Chirac, « l’institution judiciaire (…) sait réparer les micros, trouver les salles et préparer les jours d’audience! », s’est indigné Me Florand.

 

« Il serait catastrophique (…) que le procès continue dans ces conditions », a appuyé Me Jean-René Farthouat, pour la défense.

 

Le procureur Gilbert Flam, quant à lui, n’a pas demandé le renvoi, mais « deux audiences supplémentaires la semaine prochaine ».

 

Le tribunal s’est retiré quelques minutes, puis est revenu pour annoncer que le procès continuait. Le public a alors quitté la salle aux cris de « aucune considération! » ou « elle est belle la justice! », tandis que les avocats des parties civiles menaçaient eux aussi de partir.

 

Après une nouvelle délibération, la présidente a jeté l’éponge.

 

Trois femmes et 14 enfants, de familles originaires d’Afrique de l’ouest, avaient péri dans l’incendie de l’immeuble du 20, boulevard Vincent Auriol, dans la nuit du 25 au 26 août 2005.

 

Des expertises avaient conclu à un incendie criminel, mais son auteur n’a pas été identifié.

 

Les investigations avaient mis en lumière un certain nombre de « non-conformités », en particulier un revêtement mural en contreplaqué. Deux « personnes morales » sont poursuivies pour homicides et blessures involontaires: Freha (France Euro Habitat), l’association qui gérait l’immeuble, et une entreprise de bâtiment.

 

Illustration(s) :

 

Bertrand Langlois
Le tribunal correctionnel de Paris a renvoyé sine die jeudi le procès de l’incendie d’un immeuble vétuste qui avait fait 17 morts dont 14 enfants en août 2005 bld Vincent Auriol (Paris XIIIe), à la demande des avocats qui en ont déploré l’organisation, particulièrement chaotique.

 

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