17 Jan 2012

Affaires Sécher, Madeira, Iacono : quand un enfant accuse et se rétracte

Ouest-France (site web)


Justice, samedi 14 janvier 2012

Affaires Sécher, Madeira, Iacono : quand un enfant accuse et se rétracte


Loïc Sécher, Antonio Madeira, Christian Iacono… Tous ont été condamnés pour viol, accusés par des adolescents qui se sont ensuite rétractés. L’un a été blanchi, l’autre pas, le dernier espère une révision, dans une nouvelle affaire emblématique de la difficulté d’analyser la parole d’un enfant.

Loïc Sécher avait été condamné en 2003 à 16 ans de réclusion pour le viol d’une adolescente qui, après l’avoir accusé, a finalement avoué avoir menti. Son procès en révision a eu lieu en juin dernier et il a été acquitté, à l’issue d’une semaine d’audience cathartique, qui a mis en lumière les multiples failles de l’enquête et des expertises psychiatriques.

« La justice a erré, pour faire de la parole extravagante d’une adolescente une parole vraie, un verdict… », déplorait l’avocat général.

« Boîte de Pandore »

Antonio Madeira a lui été condamné à 12 ans de réclusion en 2001 pour des viols sur sa fille Virginie, qui a ensuite affirmé avoir menti, publiant même un livre en 2006 pour le crier haut et fort (J’ai menti, Stock). Mais sa demande de révision a été rejetée en 2009, au motif que les rétractations de la jeune fille étaient « contredites » par des éléments attestant son sentiment de culpabilité, face à l’incarcération de son père.

Madeira avait lui-même avoué. C’était « à une époque noire de la garde à vue », et il s’était rétracté, précise son avocat Jean-Marc Florand.

« La commission de révision ne veut pas revenir sur les affaires sexuelles, car c’est là, dans l’immense majorité des cas, qu’il y a les erreurs judiciaires… c’est la boîte de Pandore ! », proteste Me Florand.

Depuis l’affaire Outreau, la parole des enfants n’est plus « sacralisée »

Depuis le fiasco judiciaire d’Outreau, le recueil de la parole des enfants est plus professionnel, les enquêteurs reçoivent une formation, rappelle le magistrat Jean-Olivier Viout, qui avait présidé la « commission Outreau ».

Cette parole n’est plus « sacralisée » et, concède Me Florand, « on obtient plus facilement des jugements d’acquittement lorsqu’il y a un doute sérieux ».

« Mais cela dépend des magistrats »

« Mais cela dépend des magistrats », estime l’avocat. « Ceux qui avaient déjà la culture du doute et respectaient la présomption d’innocence ont été confortés par Outreau, alors que les gardiens du temple sont devenus encore plus stricts. »

« On ne demande pas que l’enfant soit cru, mais qu’il soit écouté », souligne Jean-Olivier Viout. « Il faut que la justice s’entoure de précautions extrêmes lors du recueil de la parole de la victime », ajoute le magistrat.

« Malheureusement, on a vu des rétractations qui résultaient de pressions, de négociations avec l’auteur… », poursuit-il. « On ne peut pas dire immédiatement que, puisqu’il y a eu rétractation, tout est nul et non avenu. »

« Pouvoir exorbitant » de la parole de l’enfant

L’expert psychiatre Paul Bensussan, co-auteur de La dictature de l’émotion, ouvrage sur « la protection de l’enfant et ses dérives », confirme : « La prudence légitime vis-à-vis des rétractations d’un plaignant doit aussi s’appliquer pour ses accusations. »

« Prendre à la lettre sa parole, c’est lui donner un pouvoir exorbitant dans le processus judiciaire », dit-il, « comme si, au fond, le but premier du procès d’assises était devenu la réparation psychologique du plaignant ».

Tout en refusant de commenter l’affaire Iacono, l’expert constate que le grand-père, Christian, est allé en prison et en est ressorti au gré des accusations et rétractations de son petit-fils Gabriel. Il renvoie aussi ses changements successifs de version « à ceux qui disent qu’un enfant ne ment jamais : quand Gabriel a-t-il dit la vérité ? ».

© 2012 Ouest-France. Tous droits réservés.