28 Mar 2014

24 mars 1998 : L’avocat de Patrick Dils, Me Jean-Marc Florand, présente une requête en révision

PROCES. Près de 28 ans après le meurtre de deux enfants à Montigny-lès-Metz, leurs familles espèrent enfin la vérité avec un quatrième procès d’assises qui s’ouvre ce lundi à Metz. Le tueur en série Francis Heaulme sera dans le box des accusés. Le routard du crime a fait deux « étapes »  en Champagne-Ardenne au cours de son périple sanglant.

Qui est Francis Heaulme? Ce grand échalas aux cheveux blancs et aux grosses lunettes est l’un des plus notoires tueurs en série français, dont les aveux sibyllins n’ont jamais permis de cerner les motivations profondes. «Un jour, j’ai étranglé un arbre. L’arbre est devenu mou. C’était un jeune. J’ai laissé son corps dans les herbes folles, c’était à 12 kilomètres de la mer», a-t-il une fois déclaré à un enquêteur. Aujourd’hui âgé de 55 ans, celui que l’on surnomme le «routard du crime» n’admet lui-même que cinq des neuf meurtres pour lesquels il a été condamné. Des «pépins», comme il les désigne dans son langage codé, sur lesquels il est peu disert: «J’ai vu rouge», «ça m’a pas plu» ou encore «je ne sais pas ce qui m’a pris». «Son comportement est calme et son ton égal quoi qu’il dise, de sorte qu’il apparaît distant et froid par rapport à ce qu’il relate», ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une «excellente humeur», selon une source judiciaire. A la prison d’Ensisheim (Haut-Rhin), où il a été transféré en 2006, Francis Heaulme vit dans une petite cellule individuelle, fait un peu de sport et de la relaxation, joue parfois aux jeux vidéo avec un ami codétenu. Il prend plusieurs médicaments, dont des tranquillisants à faible dose. «C’est quelqu’un qui a une posture très calme (…), il a toujours eu deux ou trois codétenus avec qui il s’entendait bien» et il participe aux activités socioculturelles de la prison, décrit un membre du personnel d’Ensisheim qui l’a côtoyé ces dernières années. Sa soeur cadette, Christine, à laquelle il est très attaché, est la seule à lui rendre visite au parloir. Des souvenirs en forme de puzzle Francis Heaulme grandit dans la région de Metz, où il connaît une enfance traumatisante, avec un père alcoolique et violent. Il souffre aussi du syndrome de Klinefelter, une anomalie génétique qui se caractérise notamment par une ambivalence sexuelle et une atrophie génitale. Les psychiatres ont toujours réfuté que ce syndrome puisse expliquer ses passages à l’acte, même s’il a contribué à troubler sa personnalité. A l’école, où il est en situation d’échec, il se fait remarquer par sa grande nervosité et une extrême irritabilité.

Jeune adulte sans diplôme ni qualification, lui-même se met à boire et se marginalise. En 1984, un mois après la mort de sa mère qu’il adorait, il étrangle une adolescente de 17 ans près de Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle). Trois victimes en Champagne-Ardenne S’ensuit une longue série meurtrière, au gré de ses pérégrinations dans toute la France, de laMarne au Finistère, du Pas-de-Calais au Var en passant par les Ardennes, ponctuées de nombreuses hospitalisations pour alcoolisme ou dépression. Jusqu’à son arrestation début 1992 par le gendarme Jean-François Abgrall, il tue des personnes rencontrées par hasard, avec un mode opératoire variable mais toujours d’une extraordinaire violence, sans distinction de sexe ou d’âge: sa plus jeune victime établie à ce jour est un garçon belge de 10 ans, la plus âgée une femme de 86 ans. Et il tue pour des futilités: des cris qu’il ne supporte pas, une absence de réponse à une question ou la vue qu’il estime provocatrice d’une femme en maillot de bain.Obtenir de lui des aveux s’est toujours révélé extrêmement compliqué, Francis Heaulme n’ayant jamais éprouvé de remords, relatant ses souvenirs sous la forme d’un puzzle éparpillé.«Francis Heaulme ne sait pas élaborer un mensonge. Pour lui, mentir c’est mélanger des informations», estime Jean-François Abgrall. Mais «ses explications qui ne collent pas à un meurtre correspondent toujours à un autre commis là où il est passé également. Il est dans la transposition permanente», selon l’ancien enquêteur, qui a interrogé le tueur à de nombreuses reprises par le passé, notamment en lui faisant dessiner des plans. Ces croquis se sont souvent révélés d’une précision stupéfiante, signe d’une mémoire visuelle «hors du commun», selon M. Abgrall. Sauf quand il s’agit de se situer lui-même dans la scène d’un crime. Dernière minute Cette semaine, nos confrères du Républicain Lorrain ont révêlé un élément nouveau. Selon une graphologue, le criminel serait l’auteur d’un courrier anonyme adressé le 11 octobre 1986 à la PJ de Metz. Pour l’un des avocats des parties civiles, Me Dominique Boh-Petit, cette lettre prouve que Francis Heaulme surveillait de près l’évolution de l’enquête dès le début.

Le double meurtre de Montigny-lès-Metz : chronologie

1986

28 septembre: Découverte des corps de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, deux garçons de huit ans, à Montigny-lès-Metz (Moselle), le crâne fracassé à coups de pierres sur le talus longeant une voie ferrée.

1987

28 avril: Patrick Dils, un adolescent introverti de 16 ans habitant à proximité de l’endroit du crime, est arrêté.

30 avril: Le suspect passe des aveux «circonstanciés», est inculpé d’homicides volontaires et écroué. Il se rétractera par la suite.

1989

27 janvier: Patrick Dils est condamné à la réclusion à perpétuité par la cour d’assises des mineurs de la Moselle. Son pourvoi en cassation sera rejeté.

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1998

24 mars: L’avocat de Patrick Dils, Me Jean-Marc Florand, présente une requête en révision après avoir appris que le tueur en série Francis Heaulme demeurait à l’époque à proximité des lieux du crime. Un lien est par ailleurs établi entre d’anciennes indications de Heaulme et la scène de crime de Montigny-lès-Metz.

2000

28 juin: La Cour de révision ordonne un supplément d’instruction. Francis Heaulme a reconnu avoir été sur place aux moments des faits et a établi des plans précis des lieux, mais il nie toute implication dans les meurtres.

2001

20 juin: Ouverture du nouveau procès de Patrick Dils à huis clos devant la cour d’assises des mineurs de la Marne.

29 juin: Patrick Dils est condamné à 25 ans de réclusion criminelle.

25 juil: La Cour de cassation désigne la cour d’assises des mineurs du Rhône pour le procès en appel.

2002

11 mars: Un rapport d’enquêteurs déclare que le crime de Montigny-lès-Metz porte la «quasi-signature criminelle» de Heaulme.

8 avril: Ouverture du troisième procès de Patrick Dils.

24 avril: Dils est acquitté et libéré, après 15 ans de prison.

2004

20 septembre: Le parquet de Metz rouvre une information judiciaire contre X pour rechercher l’auteur des meurtres.

2006

9 juin: Francis Heaulme, déjà condamné à sept reprises pour neuf meurtres, dont deux fois à la perpétuité, est mis en examen du chef des meurtres de Montigny-lès-Metz.

2007

17 décembre: Francis Heaulme obtient un non-lieu, la justice ayant estimé ne pas avoir de preuves suffisantes de sa culpabilité. Seule Gabrielle Beining, la mère de Cyril, fera appel.

2011

21 mars: Gabrielle Beining perd son procès en deuxième instance contre l’Etat à qui elle demandait des réparations pour faute lourde dans l’instruction de l’affaire. Elle renoncera à se pourvoir en cassation, l’aide juridictionnelle lui ayant été refusée.

2013

21 mars: la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Metz décide de renvoyer Francis Heaulme devant les assises de la Moselle pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz.

25 juin: échec du pourvoi en cassation de Francis Heaulme contre ce renvoi.

26 sept: Francis Heaulme demande un supplément d’information pour accréditer sa version des faits, selon lequel un autre homme aurait commis les meurtres. De son côté le président de la cour d’assises de Moselle, Gabriel Steffanus, a également lancé de nouvelles investigations avant le procès.