03 Sep 2010

Dès 1994, en s’associant avec un de ses enseignants, Me Jean-Marc Florand, il « passe directement du statut d’étudiant à celui d’avocat »

Le Parisien


Faits divers, vendredi 3 septembre 2010, p. 75_T_14

PROCÈS FERRARA
Succès et dérapages de l’avocat-accusé Achoui

GEOFFROY TOMASOVITCH

L’avocat parisien Karim Achoui est rejugé depuis mardi pour sa complicité présumée dans l’évasion de son ex-client Antonio Ferrara, qui s’était fait la belle alors qu’il était incarcéré à Fresnes (Val-de-Marne), en mars 2003. « J’ai toujours contesté formellement les accusations portées contre moi », a déclaré hier à la cour d’assises de Paris l’ancien conseil du braqueur. Puis, Achoui, bientôt 43 ans, père d’un fils de 8 ans, résume les faits saillants de sa vie. L’histoire d’un fils d’ouvrier kabyle et d’une couturière d’art, qui rêvait d’être médecin, devenu avocat brillant, réputé, mais aussi à l’image sulfureuse et au parcours tumultueux.

Il survit miraculeusement à une tentative d’assassinat

« Après un bac scientifique, je me suis inscrit en médecine, ma vocation, mais j’ai échoué au concours. J’ai fait du droit et j’y ai pris goût », relate l’accusé. Dès 1994, en s’associant avec un de ses enseignants, Me JeanMarc Florand, il « passe directement du statut d’étudiant à celui d’avocat ». Leur collaboration durera six ans. Ils traitent des affaires civiles, fiscales, sociales, toutes « intellectuellement passionnantes ». Les dossiers criminels représentent un cinquième de leur activité florissante. La page Florand tournée, il poursuit seul.

Les années 2000-2003 sont les « plus propices sur le plan économique ». Me Achoui a « énormément de dossiers », institutionnels et particuliers. « J’avais acquis une réputation solide. » Une frange de sa clientèle fait passer cet homme un brin exubérant, au look de dandy, pour un avocat attiré par le milieu du banditisme. « Etes-vous fasciné par les voyous? » demande Me Szpiner, un des conseils de l’accusé. « Pas du tout », assure Achoui, qui tente de briser cette image. Il précise sa conception du métier : « Les défendre tous. » Le sens de son investissement : « La fragilité des accusés et certaines blessures personnelles qu’on n’a pas tout à fait explorées. On a envie de réparer une injustice, un équilibre, c’est une sorte de thérapie. »

La réussite de Me Achoui est émaillée de dérapages. Le Conseil de l’ordre l’a sanctionné trois fois. Pour des bricoles, à l’écouter. Fin 2005, il est mis en examen dans l’affaire de l’évasion de Ferrara. « J’ai subi un discrédit important vis-à-vis de mes clients et du corps judiciaire », atteste-t-il. Le pire reste à venir. En 2007, Me Achoui survit miraculeusement à une tentative d’assassinat par balles à Paris. Fin 2008, il est condamné à sept ans de prison dans l’affaire d’Antonio Ferrara et passe cinquante jours en maison d’arrêt. « Les deux événements tragiques de ma vie, témoigne l’accusé. Des expériences extrêmement douloureuses, même si j’ai préféré l’hôpital à la prison. »

Interdit d’exercer pendant cinq ans à la suite d’une condamnation très sévère dans une affaire de « faux » l’opposant à son ex-épouse, Me Achoui ne peut plus plaider depuis début 2009. Marié en 2000, Karim Achoui a vécu une séparation conflictuelle en 2004. Aujourd’hui, il a ouvert un restaurant à Paris avec un cousin. Suspendu au verdict, il n’a « aucun projet d’avenir ».

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(afp/m. bureau.)

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